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Michel Cloutier

Marie Laberge donne la parole aux «invisibles» dans Traverser la nuit

C’est indéniable… Chaque fois qu’un nouveau roman de Marie Laberge se pointe le bout du nez, on accourt pour se le procurer!

Dans Traverser la nuit, Marie Laberge met en scène Emmy, une femme qui fait partie des «déshéritées de la Terre» et qui n’attend plus rien de la vie: elle ne demande, ne reproche, n’exige RIEN à personne… elle vit dans le moment présent! Malgré une naissance dans d’horribles conditions d’abandon, Emmy sait pourtant prendre soin des délaissés et des esseulés de la Terre, ces désertés qui n’attirent plus le regard ou l’attention des bien portants. La seule personne qui n’obtient aucune indulgence de sa part, c’est elle-même, habituée à la fuite et à l’isolement. Heureusement pour elle, elle fera la rencontre de Jacky et Raymonde, qui l’aideront à traverser la nuit!

Avec un roman plus poignant que jamais, l’auteure nous happe et, d’un trait vif, nous propulse au cœur des ténèbres et au-delà, dans un récit qui suscite en nous l’étonnement, l’impuissance, la révolte, mais surtout l’espoir!

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Dans votre nouveau livre, vous mettez en scène Emmy, une anti-héroïne qui décide de tout quitter le matin de ses 50 ans. Femme de peu de mots, ses seules réactions se résument à se taire, encaisser et fuir. Où avez-vous pris l’inspiration de ce nouveau livre?

J’ai un faible pour les personnages qui sont particuliers! C’est sûr qu’on a le commun des mortels, mais j’aime mieux aller dans le moins commun des mortels (rires)! Je pense que c’est un personnage qui m’est venu en réfléchissant au nombre de gens dans notre société qui sont invisibles pour les autres. On a le mépris assez facile: si on n’est pas beaux, si on n’est pas bien nantis, si on n’a pas l’âge glorieux de la jeunesse… On est moins visibles! Je me demandais comment l’on faisait pour vivre quand personne ne nous voit et quand personne ne tient compte de nous. Je trouvais que c’était une question compliquée. Et j’aime bien quand la question me semble assez compliquée, pour que je puisse ainsi creuser. Le personnage d’Emmy est arrivé… Je ne sais pas si c’est une anti-héroïne. À mes yeux, c’est quelqu’un d’héroïque, parce que survivre dans des conditions de vie qu’elle a eues, ne jamais réclamer et ne pas être quelqu’un d’une amertume sans nom, c’est quelque chose de déjà énorme et incroyablement réussi. C’est sûr qu’elle est appauvrie, c’est quelqu’un qui n’a pas beaucoup d’armes… Elle n’a pas une grosse boîte à outils, si vous voulez. Elle ne peut pas se défendre facilement. Sa vraie défense, c’est de se tenir à l’écart des autres. Comme personne ne la réclame et la regarde, c’était une voix qui a été facilitée finalement par notre attitude sociale, à nous, les autres. Donc, c’est venu vraiment en creusant cette question-là. Ce n’est pas quelque chose qui m’est arrivé, ce n’est pas quelque chose que j’ai vu ou vécu dans ma vie.

Ça nous prend d’ailleurs beaucoup de temps avant de comprendre d’où vient le manque de confiance en soi d’Emmy, pourquoi elle est perpétuellement habitée par le vide… elle est désabusée!

Je ne pense pas qu’elle soit désabusée. Je pense qu’elle a été abusée… C’est quelqu’un qui, tous les jours, remet son courage dans la balance et reprend sa marche. Ce n’est pas quelqu’un qui se fout des autres. Au contraire, elle est capable de prendre soin de gens dont NOUS ne prenons pas soin. Très souvent, les gens âgés, très malades, qui sont sur la voie de garage de la société, ces gens-là, on ne s’en occupe pas! Tandis qu’elle, elle sait s’occuper des gens, elle sait effacer la saleté d’un endroit, elle sait prendre soin. Elle ne sait pas entrer en contact avec le plus profond. C’est ça qu’elle ne sait pas! Et ce n’est pas parce qu’elle est désabusée ou parce qu’elle est blasée, c’est parce qu’elle n’a connu que de la violence à son égard. Donc, elle n’est pas tentée de réveiller le tigre dans l’autre.

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Dans le fond, elle a connu de la violence et elle a été abusée, mais elle ne s’en souvient pas vraiment… On comprend seulement à la toute fin que ses problèmes découlent de l’abus qu’elle a subi dans son enfance.

Un des problèmes est l’abus, mais là n’est pas tous ses problèmes! Le fait d’être placée, tout bébé, poupon, dans un endroit où on n’aura pas de gilet, où on n’aura aucun câlin, aucun baiser, aucun regard amical… Vous savez ce que c’est? C’est comme être mis en prison dans une société. Elle est dans un pensionnat où elle n’est que méprisée. C’est aussi important que d’être abusée. Et toute sa personnalité se forge, et elle devient un être non violent, je pense, grâce à la petite fille qu’elle appelle Mimine, qui est la petite Indienne, qui lui dit: «J’ai froid!» Et quand elle dit «J’ai froid», elle ouvre ses bras et, en ouvrant ses bras, elle reçoit… Et là, pour la première fois, elle a un lien émotif avec quelqu’un qui a recours à elle et qui lui donne la chaleur qu’elle-même lui donne… c’est-à-dire qu’il y a un échange et il y a un lien. Et ça, ça fait d’elle la personne humaine qu’elle est. Sinon, c’est sûr que si l’on met quelqu’un en prison, sans aucun contact avec quiconque, aucun regard amical, aimant ou tendre, c’est sûr qu’on va faire un monstre. Mais elle, elle n’est pas du tout un monstre. L’important, c’est de voir que c’est une personne étrange, mais qui n’est quand même pas une personne épouvantable. C’est quelqu’un qui est extrêmement dévoué. Elle est capable de faire des tâches que la plupart des gens refusent de faire, sans jamais être dégoûtée, sans jamais reculer devant un être humain qui est blessé. Elle sait prendre soin! Alors pour moi, les abus, c’est une chose, mais ce n’est certainement pas la seule. D’ailleurs, à la toute fin, quand l’on s’aperçoit de toute sa vie, on se rend aussi compte qu’elle n’a pas eu une instruction décente. Ce que Jacky fait, c’est quand même lui montrer que l’on peut se révolter, que l’on peut refuser, que l’on peut dire non. Et c’est pour ça qu’elle ferme la porte de cet appartement, au départ du roman!

Emmy est aussi profondément marquée par la mort de la petite Mimine…

Bien sûr! Parce que si elle prend le risque d’aimer un enfant, d’aimer quelqu’un, et que ce quelqu’un disparaît, elle ne sait pas comment faire pour retrouver le vide intégral de sa vie. Et le vide intégral, c’est vertigineux. C’est terrible de n’avoir personne vers qui se tourner. D’être isolée, complètement, dans un univers qui est quand même assez agressant… parce qu’elle reste avec des religieuses qui la méprisent, elle reste avec un prêtre qui l’abuse, mais qui abuse aussi beaucoup d’autres gens. Ça aussi, elle s’en aperçoit plus tard. Elle n’a pas été choisie, elle a été utilisée. Point! C’est très difficile de défaire ça… C’est sûr qu’elle a eu plus de mal à se lier avec quelqu’un après, parce que ça a fait tellement mal, la mort de Mimine, qu’elle avait peur d’avoir mal à nouveau. C’est pour ça qu’avec Jacky, au début, elle est plutôt ébranlée, parce qu’elle voit bien qu’elle pourrait s’attacher à cette femme… mais, elle sait que cette femme va mourir, comme Mimine. Et elle ne sait pas quoi faire de ces morts, de ces deuils. Mimine, c’était son fantôme amical toute sa vie, c’est tout ce qu’elle avait. Je pense qu’elle se rend compte qu’elle a beaucoup d’alliées, alors qu’elle croyait, pendant toute sa vie, n’en avoir aucun.

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Justement, Emmy dit une phrase qui porte à réfléchir: «Quand nos morts sont nos seuls vivants, nos seuls pareils, on fait quoi?»

Exactement! C’est très vrai… C’est une phrase très marquante dans le livre. En fait, je pense que dans notre société, pas seulement, mais tout le monde, on a du mal à négocier avec nos morts et avec la mort. De la même façon qu’on a du mal à négocier avec le vieillissement, avec ce qui n’est pas parfaitement en état de marche. Vous savez, c’est pour ça que les CHSLD sont pleins de gens très seuls, qui sont rarement visités. On a tendance à juger ce qu’est avoir une vie, à l’ombre de NOUS, ce que nous pensons être une vie. Mais quand on a 30 ans, 40 ans, 20 ans, avoir une vie, ce n’est pas la même chose qu’à 70, 80, 90 ans! La vie n’a pas les mêmes exigences. Mais, on l’oublie… On projette uniquement ce que nous voulons, sur la «qualité de vie».

Pourquoi avoir choisi le titre Traverser la nuit?

Après la nuit, il y a l’aurore… Et traverser la nuit, ça veut dire réussir à se sortir de la plus grande noirceur. Je pense que c’était à peu près ça, sa vie… ses 50 ans de noirceur. Donc, elle arrive à l’aurore! Parfois, les titres sont très très longs à venir, et des fois, ça s’impose. Celui-là s’est imposé. Avant même la première phrase, je savais que ça allait s’appeler «Traverser la nuit». Je savais que ça serait un voyage, une traversée, et que traverser contient des périls, mais contient aussi un but. Là, on avait l’aurore comme but… Le début de quelque chose!

Vous dites que quand vous partez écrire, même vos proches ne savent pas sur quoi vous allez travailler. Vous êtes une tombe! Est-ce que vous savez quel sera le sujet de votre prochain roman?

Je sais quand je vais aller écrire, je sais que j’ai deux sujets qui se battent présentement dans ma tête. Donc, je sais une partie… C’est-à-dire que je sais qu’il y a deux axes, mais je ne sais pas lequel va gagner. Présentement, j’opterais pour un, mais le temps va passer et je ne sais pas du tout… Ça va aller très fort avant d’aller écrire. Mon imaginaire essaie de développer… C’est assez sympathique d’ailleurs comme moment. C’est la création la plus folle et la plus libre!

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Et vous écrivez toujours devant la mer?

Oui, je fais toujours ça. J’ai cette chance-là de pouvoir partir, j’ai cette liberté, que tout le monde n’a pas nécessairement, de pouvoir quitter tout et aller m’isoler au bord de la mer, dans une maison que je loue en Nouvelle-Angleterre. Quand je vais écrire, je ne fais que ça. Je ne suis pas en vacances, je ne suis pas là en touriste… La seule chose que je fais aussi, c’est marcher au bord de l’eau tout le temps. J’écris à l’intérieur, je sors ensuite et, quelque soit le temps, je vais marcher au bord de la mer. J’ai toujours fait ça. Ça fait 30 ans!

Qu’est-ce qui s’en vient pour vous?

Dans les prochains mois, je vais faire le tour des salons du livre et accompagner mon roman… Après ça, je retournerai écrire, tout simplement! C’est une vie à la fois sociale, et parfois plus monastique (rires). Je vais alterner entre les deux, comme toujours dans ma vie!

Traverser la nuit de Marie Laberge, qui paraît aux Éditions Québec Amérique, est disponible dès maintenant en ligne (19,95$) et en librairie!

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