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Pablo Merchan Montes/Unsplash

C’est quoi le contrôle coercitif?

Lorsqu’on parle de violence conjugale, la première image qui nous vient à l’esprit est souvent celle d’une femme avec le visage tuméfié. La violence conjugale est souvent associée à la violence physique. Mais elle a plusieurs visages et il est possible que le coup de poing n’arrive jamais. En effet, la violence n’a pas à être physique pour être aussi dommageable et terrifiante. C’est ce qu’on appelle le contrôle coercitif.

Mais c’est quoi au juste? C’est le sociologue américain Evan Stark qui, en 2007, a défini ce concept:

Le contrôle coercitif désigne une série de stratégies utilisées par un partenaire ou un ex-partenaire pour isoler, contrôler, terroriser sa victime et la priver de liberté, petit à petit[1]

Ce contrôle s’exerce de façon graduelle, quotidienne et insidieuse. Et il peut prendre plusieurs formes:

  • La violence sexuelle
  • La violence économique
  • La violence d’ordre psychologique ou moral

La violence sexuelle peut se manifester lorsqu’un partenaire contrôlant n’accepte pas le refus de l’autre. Le partenaire peut forcer la victime à regarder de la pornographie ou à poser des gestes sexuels sans considérer son désir ou acceptation.

Tu ne veux jamais me faire plaisir comme je veux, je vais être obligé d’aller ailleurs.

La violence économique s’exerce par le contrôle des finances et l’empêchement de l’accès aux gains par la victime.

Il s’agit de contrôler chaque dépense, de ne pas permettre à la victime de participer aux décisions financières importantes, ou simplement de dépenser seulement pour lui, à même les avoirs de la victime. Le partenaire contrôlant peut décider de faire l’épicerie pour ainsi décider seul ce que la famille mange ainsi que la quantité.

Tu ne sais pas comment gérer un budget, tu es vraiment stupide et ignorant(e) sur les finances. Je vais m’occuper de tout et je vais te donner une allocation par semaine pour tes dépenses personnelles. Ne la dépasse pas, sinon je coupe tes fonds.

Et je sais si tu consultes le compte conjoint – la banque m’informe.

La violence d’ordre psychologique ou morale implique les insultes, les critiques et tout propos pour rabaisser l’autre. Il s’agit de contrôler les déplacements, l’apparence physique, de décider des vêtements que la victime peut ou doit porter, de la critiquer si elle fait son propre choix de vêtements, ou de coupe de cheveux.

Tu as l’air d’une guidoune avec cette robe. Je ne sortirai pas avec toi! Va te changer!

La prochaine fois, je vais chez la coiffeuse avec toi. Je n’aime pas la couleur de tes cheveux, ni la coupe que tu as choisie.

Un comportement en voie d’être criminalisé ici

Le contrôle coercitif est tellement dommageable que plusieurs pays ont criminalisé ce comportement: Angleterre et Pays de Galles, Écosse, Irlande et Australie.

Au Canada, le projet de loi C-16, déposé en décembre 2025, est une initiative fédérale qui vise, entre autres, à intervenir avant que la violence ne devienne physique ou mortelle en criminalisant les comportements de contrôle (physiques, émotionnels, sexuels et financiers) au sein d’un couple.

Voici un extrait de l’article 264.01 qui est soumis présentement au Parlement :

Contrôle ou coercition d’un partenaire intime

264.‍01 (1) Commet une infraction quiconque adopte un schéma de comportement contrôlant ou coercitif visé au paragraphe (2) soit avec l’intention de faire croire à son partenaire intime que sa sécurité est en danger, soit en sachant que le schéma de comportement contrôlant ou coercitif ferait croire à son partenaire intime que sa sécurité est en danger ou sans s’en soucier.

Schéma de comportement contrôlant ou coercitif

(2) Est un schéma de comportement contrôlant ou coercitif toute combinaison des actes ci-après ou toute répétition de l’un de ceux-ci :

  • a) user de violence, ou tenter ou menacer de le faire, envers, selon le cas :
    • (i) le partenaire intime,
    • (ii) toute personne de moins de dix-huit ans qui est l’enfant du partenaire intime ou qui est sous la garde ou à la charge légale de celui-ci,
    • (iii) toute autre connaissance du partenaire intime,
    • (iv) tout animal dont le partenaire intime est le propriétaire ou qui est sous la garde de celui-ci;
  • b) contraindre ou tenter de contraindre le partenaire intime à une activité sexuelle;
  • c) adopter tout autre comportement, notamment les comportements ci-après, dans le cas où il est raisonnable de s’attendre, compte tenu du contexte, à ce que le comportement fasse croire au partenaire intime que la sécurité de celui-ci ou celle d’une personne qu’il connaît est en danger :
    • (i) contrôler, tenter de contrôler ou surveiller la localisation, les mouvements, les actions ou les interactions sociales du partenaire intime, notamment par tout moyen de télécommunication,
    • (ii) contrôler ou tenter de contrôler la manière dont le partenaire intime prend soin d’une personne de moins de dix-huit ans visée au sous-alinéa a)‍(ii) ou d’un animal visé au sous-alinéa a)‍(iv),
    • (iii) contrôler ou tenter de contrôler toute question touchant l’emploi ou les études du partenaire intime,
    • (iv) contrôler ou tenter de contrôler les biens ou les finances du partenaire intime, ou surveiller ses finances,
    • (v) contrôler ou tenter de contrôler l’expression de genre, l’apparence physique, l’habillement, l’alimentation, la prise de médicaments ou l’accès à des services de santé ou à des médicaments du partenaire intime,
    • (vi) contrôler ou tenter de contrôler l’expression, par le partenaire intime, d’une pensée, d’une opinion ou d’une croyance — de nature religieuse, spirituelle ou autre —, ou l’expression de sa culture, notamment l’emploi de sa langue ou son accès à ses communautés linguistiques, religieuses, spirituelles ou culturelles,
    • (vii) menacer de se donner la mort ou de poser un geste autodestructeur.

Il y a la loi… et la solidarité

Il est plus qu’évident que notre société ne tolère plus la violence envers les femmes, de quelque nature que ce soit. Cette disposition législative qui est proposée au Parlement prévoit que les comportements coercitifs seront considérés comme des infractions criminelles.

Si tel est le cas, il est important aussi de souligner que nous, les femmes, avons notre part à faire pour éliminer la violence. Il ne s’agit pas de se fier uniquement au gouvernement pour fournir les fonds pour combattre la violence conjugale. Il faut aussi être présente l’une pour l’autre et soutenir et aider la victime de contrôle coercitif pour qu’elle quitte cette relation abusive et qui peut être même mortelle.

Cet appel s’adresse aussi à l’entourage des hommes, car eux aussi, même si c’est dans une proportion moindre, peuvent être victimes de contrôle coercitif.

Ce n’est pas une tâche facile. La victime doit réaliser d’abord que les agissements du partenaire contrôlant ne sont pas des gestes d’amour.

Être jaloux au point de croire que la victime l’a trompé n’est pas un geste d’amour.

Lors d’un 5 à 7 pour la fête d’une amie, j’ai vu mon amie cesser abruptement de parler avec un homme quand elle a vu son chum arriver à la fête. Elle avait l’air très inquiète, et elle a couru vers son chum pour l’embrasser. Je trouvais ce comportement anormal.

Lui dire comment s’habiller n’est pas un geste d’amour.

Tu ne portes pas la belle robe que tu avais achetée pour le mariage d’Émilie?

Non, répond-elle, sans me regarder. Elle ne me fait pas si bien après tout.

Suivre tous ses mouvements à tout moment par géolocalisation n’est pas un geste d’amour.

  • Oui, j’arrive. Je suis avec Alice, on est allées dîner, dit-elle, nerveuse.
  • Il est fâché?
  • Non, juste un peu impatient. Je dois quitter. Il m’attend.

Gérer le budget sans égard à son opinion ou ne pas lui permettre de disposer de ses propres fonds n’est pas un geste d’amour.

J’ai réalisé qu’il y avait un problème quand Marie-Ève devait contribuer à un cadeau pour une collègue et elle n’osait pas envoyer un transfert Interac de son compte. Elle était très nerveuse et me disait qu’elle ne savait pas comment faire le transfert. Je lui ai demandé si elle voulait en discuter avec moi et elle a dit non, que ce n’était rien. Mais au moins je lui ai dit que j’étais disponible pour elle.

Se préparer à partir

Mais comment quitter un tel partenaire? Une fois la décision prise, il faut avoir un plan. Sans dire au partenaire contrôlant qu’elle va le quitter, car c’est à ces moments qu’elle peut être à risque d’un féminicide. Organiser un endroit sécuritaire ou se rendre lors du départ. Consulter une maison d’hébergement et une avocate avant de partir. Bref, partir dans la plus grande sécurité afin de limiter l’accès du conjoint violent. Ne jamais le rencontrer seul après son départ – plusieurs féminicides ont eu lieu dans de telles circonstances.

En tant que femmes, nous avons du travail à faire. Mais il est possible de se sortir des relations abusives et de construire une meilleure vie. Ne lâchons pas.

[1] https://www.controlecoercitif.ca/ – Le site du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale

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