«Hein, pourquoi?» «Tu vas faire quoi pendant deux semaines toute seule sur la Côte-Nord?» «T’as pas peur de partir seule?» Voilà un condensé des réactions que je récolte assurément lorsque j’annonce à mon entourage que je pars pour les vacances avec moi-même. Pourtant, chaque fois que je l’ai fait, je n’ai eu aucun regret. Et je suis revenue le cœur très content.
S’il continue de surprendre bien des gens, le voyage en solo gagne pourtant du terrain, autant chez les célibataires que chez les personnes en couple ou les parents qui ressentent le besoin de souffler. Les voyageurs qui choisissent de partir seuls sont de plus en plus nombreux, au point où l’industrie touristique commence à adapter son offre à cette clientèle.
Et si partir seul n’était pas un aveu de solitude, mais plutôt un cadeau que l’on se fait?

Retrouver la personne qu’on est
Pour la psychologue Isabelle Denis, aussi professeure à l’École de psychologie de l’Université Laval, voyager seul offre quelque chose de rare dans nos vies bien remplies: un tête-à-tête avec soi-même.
«Ça permet de tracer un voyage qui va vraiment nous représenter. On n’a pas de compromis à faire. Les décisions, on les prend par soi-même et on revient à ce dont on a réellement envie, sans avoir à satisfaire les attentes de qui que ce soit.»
Cette liberté va bien au-delà du choix des activités ou des restaurants (voyez tout les arrêts gourmands que j’ai faits dans le Bas-du-Fleuve sans avoir d’avis à demander!). Elle permet de renouer avec ses propres besoins, souvent relégués au second plan dans le quotidien.
«On développe aussi nos propres ressources. Plus on le fait, plus on développe la confiance en soi. On réalise qu’on est capable de faire face aux imprévus et à toutes sortes de situations», poursuit-elle.
Cette confiance acquise pendant le voyage ne reste pas dans les bagages. Elle se transpose ensuite dans la vie de tous les jours, en renforçant notre capacité à gérer les défis et les changements.
Se sentir seul… ou choisir d’être seul
La nuance est importante. «Il faut faire la différence entre souffrir de solitude et choisir d’être seul, insiste la psychologue. Si je pars seule dans un esprit de découverte, ce n’est pas la même chose que de m’isoler par dépit.»
En outre, les voyageurs solitaires sont souvent plus enclins à faire de nouvelles rencontres. «Quand on est avec d’autres, on reste beaucoup avec ceux qu’on connaît. Quand on est seul, on s’ouvre davantage aux nouvelles personnes. Ça peut être une simple conversation ou une belle amitié qui se poursuit après le voyage.» Comme la fois où, après avoir jasé avec un résident de Baie-Trinité pendant une bonne demi-heure, il m’a donné les indications pour la plage secrète du coin, que je n’aurais jamais pu découvrir autrement…
Et paradoxalement, être seul permet parfois d’être encore plus présent à ce qui nous entoure. «On est davantage dans le moment présent. On prend le temps d’observer, de savourer l’expérience plutôt que d’être constamment dans les échanges avec notre partenaire de voyage», ajoute la psychologue.

Une pause qui recharge vraiment
Qui n’a jamais eu besoin de vacances… de ses vacances? Selon Isabelle Denis, les escapades en solo offrent une véritable respiration. «On n’a plus à répondre aux attentes de personne. On peut enfin se demander: qu’est-ce qui me ferait vraiment du bien aujourd’hui?»
Cette parenthèse est particulièrement précieuse pour les parents ou les personnes qui prennent constamment soin des autres, bien qu’elle demeure un petit luxe pour plusieurs. «Il faut parfois travailler la culpabilité de prendre du temps pour soi. Mais les gens qui s’accordent ces moments réalisent rapidement à quel point ils reviennent plus reposés et plus disponibles pour leurs proches.»
D’ailleurs, nul besoin de commencer par deux semaines à l’autre bout du monde.« Ça peut s’apprendre progressivement. Aller prendre un café seul, visiter une exposition, partir une journée, puis un week-end. Notre cerveau apprend tranquillement qu’être seul ne signifie pas être en danger.»
Voyager seul… sans payer le double?
L’un des principaux irritants des voyageurs solos demeure le fameux supplément pour occupation simple. Pourquoi une chambre ou une cabine coûte-t-elle souvent presque aussi cher que pour deux personnes?
Selon Isabelle De Roy, conseillère en voyages chez Aqua Terra Voyages, cette réalité s’explique surtout par le modèle économique de l’industrie, particulièrement dans les croisières.
«Les compagnies calculent leurs revenus en supposant que deux personnes vont consommer davantage, que ce soit pour les boissons, le casino ou les activités à bord. Quand une seule personne occupe la cabine, elles compensent ce manque à gagner avec un supplément.»
La bonne nouvelle? Les choses commencent à changer. «Norwegian Cruise Line propose des cabines studio conçues spécialement pour les voyageurs solos, sans supplément important. Il y a même un lounge où les personnes qui voyagent seules peuvent se rencontrer», indique-t-elle.
Du côté des forfaits soleil, plusieurs options deviennent également plus accessibles.
«Transat offre un programme d’hôtels sans supplément pour occupation simple. Club Med propose aussi régulièrement des promotions destinées aux voyageurs solos. On sent que l’industrie reconnaît de plus en plus que cette clientèle existe et qu’elle est en croissance», explique Isabelle De Roy.
Un bon réflexe consiste donc à demander conseil plutôt que de présumer qu’un voyage en solo coûtera nécessairement beaucoup plus cher.

Et si on arrêtait de se justifier?
Voyager seul n’est pas réservé aux célibataires ni aux aventuriers intrépides. C’est une façon de ralentir, de se retrouver et, parfois, de revenir avec un regard neuf sur sa propre vie.
La prochaine fois que quelqu’un vous demandera: «Tu pars toute seule?», répondez le sourire aux lèvres: «Oui. Et j’ai très hâte.»
Bonnes vacances!