Pour mes 50 ans, je me suis offert tout un cadeau: mon premier voyage en Asie. J’allais rejoindre mon meilleur ami, parti bourlinguer sur le sud-est du continent. On s’est donné rendez-vous sur l’île de Lombok, voisine de celle, beaucoup plus fréquentée, de Bali. Et je n’ai (presque) pas regretté une minute.

Voyager hors saison
Une fois débarquée à Kuta, paf! Ce qui me frappe, c’est l’humidité. Chaque centimètre de mon corps sue. Nous étions en avril, soit à la fin de la saison des pluies, une période moins prisée des touristes et qui a aussi l’avantage d’offrir des paysages verts et luxuriants. Pour mieux nous imprégner, nous logions dans un homestay nommé Mango Room. Il s’agit de logements chez l’habitant, ce qui, dans le nôtre, signifiait que la petite terrasse fleurie de notre chambre donnait sur la «pièce» (avec toit mais sans murs) commune de la famille, là où ses membres accomplissaient leurs tâches, prenaient leurs repas et priaient. Leur gentillesse n’avait d’égale que leur empressement et leur sourire contagieux. Prix de la chambre: 30 $ la nuit! Clim incluse, terimah kasi (merci en indonésien).
Outre la température tropicale, ce qui frappe aussi, ce sont les prix très doux pour nos portefeuilles d’Occidentaux. Un repas de roi incluant pétoncles, poisson blanc, huîtres et chou-fleur rôti? 47,88 $… à deux. Soit exactement le même montant qu’on a dû débourser pour partager une bouteille de vin blanc bien frais. Ce qui, selon mon ami, est très cher pour l’Asie du sud-est. Et même à l’autre bout du monde, il est possible de commander un latte au lait d’avoine… Se choisir un poisson pêché le jour même sur un étal et le dévorer grillé quelques minutes plus tard, par contre, on ne fait pas souvent ça chez nous!
L’Indonésie étant le plus important pays musulman au monde, où qu’on se trouve, on entend les appels à la prière. Et l’alcool, même s’il est disponible, demeure exagérément cher. Fruit du hasard, nous sommes arrivés quelques jours avant la fin du ramadan, ce qui nous a valu une expérience inoubliable: assister au défilé soulignant l’Idul Fitri, ou Lebaran, qui marque la fin du jeûne. Dans les rues, voir les chars tonitruants, les passants, les enfants armés de bâtons lumineux et les voitures et mobylettes qui se faufilaient joyeusement à travers ce chaos, ponctué par des feux d’artifice maison, nous a rendus fébriles.
On ignorait toutefois qu’Idul Fitri, c’est comme Noël pour les Indonésiens. Alors, nos deux journées dans la capitale, Mataram, ont été plus tranquilles que prévu puisque tout était fermé. J’avais super hâte de goûter à la nourriture de rue, et au fameux poulet grillé épicé (ayam taliwang), mais j’ai dû me contenter du poulet frit du McDo, étonnamment succulent. Les gens en profitent pour visiter leur famille, nettoyer les tombes de leurs défunts et porter leurs habits traditionnels. Avant de quitter Kuta, on avait eu droit au cari de bœuf épicé de la maman au Mango Room, et à 9h du matin, je peux confirmer que ça réveille!

Un paradis bleu, vert, sable
Beaucoup viennent à Kuta Lombok (car il y a un autre Kuta, sur l’île de Bali, qui n’a rien à voir avec celui-ci!) pour pratiquer le surf, car les conditions y sont idéales. Pour ma part, j’étais venue re-la-xer. On a donc fait la tournée des plages: Mawun, Tanjung Aan, Selong Belanak… autant de spots paradisiaques et, surtout, peu peuplés (hors saison oblige). Entourés de montagnes verdoyantes, le turquoise de la mer à perte de vue et le sable blanc qui nous chauffait les pieds, c’était clairement la belle vie. Je me suis vite familiarisée avec les deux plats que j’allais le plus manger durant mes trois semaines là-bas: le nasi goreng (riz frit surmonté d’un œuf au plat) et le mie goreng (même chose mais avec des nouilles). Prix moyen: 3 $…
Pour ceux qui se le demandent, oui, j’ai été malade, et cela, trois jours après mon arrivée. Pas à cause de la nourriture ni de la malaria, mais d’une insolation! Quoique les symptômes ressemblaient fort à la tourista… (argh). Petit conseil: n’oubliez pas de vous enduire les oreilles de crème solaire et de bien vérifier que le soleil ne tape sur aucun centimètre de votre peau lorsque vous êtes sous un parasol (fait vécu). Un deuxième: choisir des plats végétariens dans les warung, ces bouis-bouis qu’on retrouve partout, minimise les risques niveau estomac. Toutefois, mon ami carnivore, qui a voyagé six mois, n’a jamais été malade, lui. Son truc était de choisir des endroits occupés.
Happy aux îles Gili
Avant de prendre le bateau pour nous rendre aux îles Gili, nous sommes arrêtés deux jours à Senggigi, où la princesse en moi désirait s’accorder un peu plus de luxe (lire: une infinity pool). C’est au Rajavilla Lombok Resort que j’ai pu enfin me prélasser dans une superbe piscine à débordement et une chambre au mobilier magnifique dotée d’une large terrasse d’où nous entendions les geckos jaser le soir tombé. Au coucher du soleil, nous allions admirer la vue de la plage, où, par temps clair, on peut apercevoir l’imposant volcan Agung, un des 500 que compte le pays! Les Indonésiens le vénèrent et vu sa taille, il est visible de plusieurs îles et sert souvent de repère.
Comme mon ami n’a pas son permis de conduire et qu’il était hors de question que je sois la conductrice de scooter désignée (je préfère nettement le vélo!), nous nous déplacions en utilisant les services de chauffeurs sur la plateforme Grab, l’équivalent d’Uber. Un de ceux-ci nous avait recommandé Nipah Beach, où les familles s’agglutinent le dimanche pour profiter du soleil. Une expérience totalement authentique: il y avait cinq touristes, incluant nous deux. Comme partout sur notre passage, adultes et enfants nous saluaient, nous demandaient d’où on venait. Deux ados ont même voulu se faire prendre en photo avec mon ami, et ils étaient aussi excités que s’il avait été Ryan Gosling en personne!

Toujours dans l’unique but de vivre notre meilleure vie sous les palmiers, nous avons mis le cap sur Gili Air, une des trois îles de l’archipel où, comble du bonheur, tous les véhicules à moteur sont interdits. On n’y croise donc que des chevaux, des vélos et des scooters électriques. Notre objectif: faire du snorkeling et voir des tortues. Verdict: wow, j’ai nagé avec des poissons multicolores et presque touché une tortue! Nous avons séjourné au Koho Air Hotel, où les petits déjeuners étaient excellents (mention à leur délicieux bacon de bœuf!). Et puis, se baigner dans une piscine rafraîchissante (ai-je dit qu’il faisait TRÈS HUMIDE?) entourée de frangipaniers odorants, ça fait oublier tous les tracas.
On peut facilement faire le tour de chacune des trois îles (gili signifie île) – Gili Air, Gili Meno et Gili T. – à pied, et, critère haut placé sur ma liste, on y mange très bien. Je dois avouer qu’un soir, un brin lassée du riz servi à tous les repas, j’ai exigé de la pizza et… celle à la burrata de Mama Pizza figure encore à ce jour parmi les meilleures que j’aie dégustées. Au warung Sunny, où j’aurais aimé suivre un cours de cuisine, nous avons découvert de délicieux plats authentiques… aux côtés de poules en cage à même le sol. Un conseil: éloignez-vous des restaurants bondés qui bordent la plage, et perdez-vous dans le dédale des rues en terre battue dans le centre de l’île, vous tomberez sur de petits bijoux d’endroits. Ou sur un restaurant de… poutine ouvert par un Québécois!
Enfin au «frais»
Après cette parenthèse insulaire enchantée, nous sommes revenus à Lombok et avons pris la direction du nord de l’île pour rallier Tetebatu. En route vers le fabuleux hôtel Les Rizières Lombok, tenu par un très sympathique couple de Français, notre chauffeur de taxi (45 $ pour un trajet de 2,5 heures!) nous annonce que là où nous allons, «il fait très froid». Ce qui, pour un Indonésien, veut dire 28 degrés au lieu de 35… N’empêche, cette région, qui est le grenier de l’île, a ravi nos pupilles. L’enfilade de rizières, les champs de culture à Sembalun, les montagnes, les singes en liberté, les vues à couper le souffle, le mont Rinjani en toile de fond (les plus valeureux peuvent se payer une randonnée de trois jours pour accéder au sommet de ce volcan): chaque jour, nous admirions des panoramas spectaculaires.
Puisqu’il fallait bien revenir à la réalité, nous sommes finalement retournés à Denpasar, sur l’île de Bali, pour que je puisse prendre mon vol du lendemain. Un dernier 24 heures pour profiter de l’autre ville de Kuta, nettement plus peuplée et occidentalisée, avec ses grandes bannières comme Uniqlo et H&M, ses restaurants aux menus internationaux, mais qui possède un tout autre charme grâce à son architecture typiquement balinaise, ses temples ouvragés et ses fleurs déposées en offrandes un peu partout dans les rues.
Pour un premier contact avec l’Asie, ce voyage avec mon meilleur ami a été assurément réussi, je lui dis donc merci de m’avoir proposé ce périple, et je me remercie moi-même d’avoir accepté! Je n’aurais pas mieux pu célébrer mes 50 ans. En espérant visiter Bali avant mon soixantième!















