Dormir à la cime des arbres, découvrir des artistes à la démarche fascinante, vivre une expérience gourmande mémorable (et constater que la langue de bœuf, c’est pas mal), faire de l’agrotourisme dans l’allégresse, flatter une chèvre, tomber en pâmoison dans des galeries… tout ça en 48 heures à Baie Saint-Paul et autour!

À la cime des arbres
Flatter une chèvre avant d’aller s’installer dans un mini-chalet tout inclus juché à la cime des arbres, c’est très possible sur le site hôtelier Repère boréal, situé en nature aux Éboulements. Outre les habitations, qui vont des mini-chalet aux plus grands (jusqu’à 8 personnes), on y trouve un spa nordique, une terrasse panoramique et une boutique où s’approvisionner en délicieux produits locaux. Et les chèvres, là-dedans? Il y en a deux en résidence, et vous les croiserez très certainement en train de brouter ou de se faire bronzer.

Dans notre «perchoir» Uhu, nom qui signifie hibou en innu, ce qui frappe d’abord, c’est la vue: le vert du couvert forestier, le bleu du Fleuve et du ciel. Puis on découvre tous les petits détails, des discrètes bandes lumineuses aux jolis verres à cocktail, en passant par une cuisine étonnamment bien équipée (il y a même des emporte-pièces) et des loups pour prolonger la grasse matinée… tout est pensé pour notre confort.
Et le soir, on peut admirer les étoiles blottis sous la couette. Et sentir l’odeur de la forêt qui entre par la fenêtre. Vraiment un nid de rêve pour une fin de semaine en amoureux!

Virée au musée
Tant qu’à être près de Baie Saint-Paul, on met le cap sur son musée d’art contemporain, construit en 1992 dans l’ancien cinéma Le Laurentien. C’est d’ailleurs à sa fondatrice, Françoise Labbé, que l’on doit aussi le Symposium international d’art contemporain de Baie Saint-Paul, le plus vieil événement du genre au pays. Elles sont rares, les villes de 7 000 habitants avec autant d’artistes au pied carré et un musée!

À l’affiche jusqu’à l’automne, Eaux vives regroupe deux expos dont les thématiques se font bellement écho. Dans la salle principale, Rivière de perles met en lumière les œuvres de l’artiste balino-montréalais Ari Bayuaji, principalement réalisées à partir de filets de pêche rejetés par la mer et de perles ramassées sur les plages.
En découvrant la démarche de l’artiste, on réalise que ces œuvres racontent bien plus qu’une histoire de matériaux récupérés. De ses marches durant la pandémie est née une entreprise d’économie sociale grâce à laquelle des Indonésiens ont un travail: ramasser ces filets et les défaire patiemment fil par fil. L’artiste s’en sert ensuite pour tisser ses œuvres.

Comme l’illustre la directrice générale et conservatrice en chef, la très sympathique Gabrielle Bouchard, «au lieu de simplement montrer la pollution, il la transforme et la sublime, et nous montre que du beau peut en ressortir».
Dans la salle suivante, Ressacs met en valeur le minutieux travail d’Eveline Boulva, inspiré de voyages à Terre-Neuve et des glaces du Saint-Laurent. Pour sa série sur les icebergs, qu’elle a pu prendre en photo de tous les angles en bateau, elle a d’abord dessiné avec un crayon bleu qu’elle affectionnait. Mais qui contenait de l’encre photosensible. «Elle a réalisé que les dessins commençaient à s’effacer après quelques semaines et trouvé que c’était une métaphore poétique parfaite pour traiter de l’effet des changements climatiques», explique Gabrielle.

Comme dirait Charles Tisseyre: «Fascinant!»
Le sens de l’hospitalité des Dufour
Ouvert depuis un peu plus d’un mois, il compte déjà des habitués. Facile de comprendre pourquoi! Au Relais des Florent, on se sent immédiatement bien. Installé sur le domaine de la famille Migneron, repris par les enfants des fondateurs, Madeleine et Alexandre Dufour, le projet est né d’une association avec le restaurateur Hugue Dufour (pas de parenté!), premier chef québécois à obtenir une étoile Michelin à New York, et le chef Clément Boivin, qui aussi travaillé avec Hugue au M.Wells et à La Cabane d’à côté. L’établissement mise sur la bistronomie accessible et le terroir.

«On voulait faire un endroit chaleureux, où on peut vivre des émotions en mangeant, sans repartir avec une facture salée… quoiqu’on peut aussi se lâcher lousse et se payer la totale en goûtant à toute la carte», dit en riant Madeleine. Elle précise que le nom vient à la fois du rêve de Hugue d’ouvrir un relais à motoneiges (les adeptes seront les bienvenus cet hiver!) et de celui de la montagne des Florent derrière.

Du plateau de fruits de mer aux poissons, viandes et légumes, les produits du fleuve et de la région sont apprêtés de manière inventive. Je me souviendrai longtemps du capelan en escabèche déposé sur du Deo Gratias, un fromage frais aux herbes vendu seulement dans la boutique adjacente, de la caille façon schnitzel et sa divine crème, de la truite «bleue» moelleuse. Et que dire de l’expérience procurée par le Secret de Maurice (fromage de brebis coulant) garni de dés de langue de bœuf et de salsa d’ananas! J’aurais aussi pris une caisse de sirop de fraises et grappa qui nappait les «crêpes Ginette (pas Suzette)»!
Demandez à être assis à la table de billard, transformée en une œuvre d’art par l’artiste américaine et maquettiste Michelle Marchesseault, vous pourrez en contempler tous les détails… ainsi que Martine, la martre qui y trône!
De galeries en arrêts sur la Route des saveurs
Baie Saint-Paul est reconnue pour ses galeries, et c’est un réel plaisir que d’arpenter la rue Ambroise-Fafard: impossible de résister à pousser une porte, puis une autre. Chacune possède sa personnalité et il suffit de quelques pas pour passer d’un univers à un autre. L’une des récentes ouvertes, et la plus grande de la rue, la galerie Annick Perron, nous a permis de découvrir deux artistes qui nous ont complètement séduits, Michèle Boyer et Marie-Claude Bouchard.

Entre deux visites, on a dégusté les produits d’Hydromel Charlevoix, repéré les restos qu’on voulait essayer à notre prochaine visite, L’Accalmie, la Buvette Gentille et Nixtamal, et j’ai fait mon incontournable arrêt au Quai des bulles, car j’adore leur sel et leur lait de bain à l’églantier.
En tant que fervente agrotouriste, j’ai aussi entraîné mon amoureux sur la Route des saveurs. D’ailleurs, saviez-vous qu’il s’agissait de la toute première à avoir vu le jour au Québec? Elle compte pas moins de 91 adresses. De quoi occuper plusieurs séjours gourmands!
Quelques bonnes adresses dans les environs
- La Ferme éboulemontaise: pour ses charcuteries (mention spéciale à la mortadelle à la pistache en tranche à poêler), ses viandes, son coin épicerie fine bien garni.
- Lupin Fruit: on peut y faire de l’autocueillette partagée de camerises – on garde un tiers de sa récolte et le reste va aux proprios –, déguster des sorbets hallucinants (allo, aronie et framboise) et repartir avec des canettes d’Argousade, une savoureuse boisson fruitée, et des compotées faites sur place.
- Le kiosque fermier du Jardin des chefs et de Rose et Lion. Les premiers font pousser de bien bons légumes et du piment Gorria, les seconds, une variété de champignons.
- Le casse-croûte Aux 4 vents: pour sa poutine mixte, qui mêle fromage en grains et Migneron râpé, et sa cuisine au goût maison.
- L’épicerie fine et traiteur Al Dente, à Baie Saint-Paul, pour sa Fameuse, une tarte aux bleuets, chocolat et framboises à laquelle il est très dur de résister.
- Le resto bar laitier Chez Chantal, à La Malbaie, pour sa célèbre guédille au homard. Pourquoi ne pas prendre le Train de Charlevoix pour vous y rendre? Divers forfaits hébergement sont offerts. C’est agréable de se laisser transporter au rythme du fleuve et d’avoir des points de vue uniques!
Entre les œuvres qui font réfléchir ou émeuvent, les producteurs passionnés, les bonnes tables et les panoramas à couper le souffle, Charlevoix réserve des découvertes à chaque détour. On est repartis avec le coffre rempli de victuailles et le goût d’y revenir!