Hé que les autres années doivent être jalouses. «C’est bien beau, 2016, mais qu’est-ce qu’elle a de plus que nous?», doivent se dire 2006, 1996 et 1986. J’entends même 1976, l’année des Olympiques à Montréal, se lamenter au loin. Wow les jeunes, elle semble bien loin pour vous, 2016, que vous avez ramenée à grands coups de photos souvenirs sur Instagram et TikTok, mais nous les grands adultes, une décennie, on fait ça en hochant la tête! Laissez-moi vous dire qu’il faut reculer pas mal plus loin pour commencer à ressentir de la mélancolie.
De notre côté, on n’a même pas claqué des doigts qu’on était déjà rendus à 2026. En fait, il faut penser à la vie de nos enfants pour vraiment voir la différence. Il y a 10 ans, par exemple, ma plus jeune commençait tout juste à faire du ski. Maintenant, elle me dépasse allègrement sur les pistes en slalom. Et quand je lui dis qu’elle est presque aussi bonne que Jean-Luc Brassard, elle me répond: «C’est qui ce monsieur?» Ah la jeunesse! C’est comme si le monde n’existait pas avant les sœurs Dufour-Lapointe et là encore!…

1986, mon amour
C’est pourquoi j’ai décidé de vous parler de 1986. Cette oubliée sur IG, mais absolument pas dans ma tête et mon cœur. L’année 1986 a été marquée, au niveau international, par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et l’explosion de la navette Challenger. Au Québec, Jean Doré devenait maire de Montréal, le Canadien de Montréal gagnait sa 23e Coupe Stanley et, comme certaines choses ne changent pas, l’année a été ponctuée de grèves dans le secteur public, notamment dans la santé. Économiquement, nous sortions enfin d’une récession sévère qui durait depuis la crise du début des années 80 et avions (enfin) le vent dans les voiles. Les jeunes, écrasés par la génération des boomers, avaient enfin l’impression d’être entendus.
Côté musique, 1986 a vu naître plusieurs perles pour ma génération. La vidéo Sledgehammer de Peter Gabriel allait devenir une référence, tout comme Papa Don’t Preach de Madonna, Kiss de Prince, ou Addicted to Love de Robert Palmer. Au Québec, la musique du groupe Paparazzi et l’attitude de la recrue Jean Leloup dans Starmania me faisaient vibrer, mais sinon, j’avoue que je ne me reconnaissait pas dans le paysage. De jeunes et talentueuses chanteuses performaient habillées de cols à dentelle pastel et mon passé de punkette m’interdisait de m’y identifier. Au cinéma, les kids trippaient sur Tom Cruise et Top Gun, moi sur Isabella Rossellini dans Blue Velvet de David Lynch, et la fierté du Québec, Denys Arcand, gagnait un prix à Cannes pour Le déclin de l’empire américain!

Allo Luc Plamondon, moi c’est Mitsou
En 1986, les Canadiens passaient au moins trois heures par jour à regarder la télévision et deux heures par jour à écouter la radio. Au Québec, nous accueillions deux nouvelles chaînes en septembre, Télévision Quatre-Saisons (devenue V puis Noovo aujourd’hui) et la défunte MusiquePlus, qui avait pignon sur le boulevard Saint-Laurent. À quelques pas de là, le club mythique Le Business ouvrait ses portes le 22 janvier 1986. Les fois où j’ai pu me faufiler dans la ligne d’attente et y entrer à cause d’un bouncer peu vigilant, j’ai pu y admirer les murs en acier inoxydables, les graffitis de l’artiste Zilon et apprécier les mix house du DJ Christian Farley.
Cet hiver-là, j’ai plutôt passé mes samedis soirs au Belmont, un club qui faisait office de salon des artistes et où j’arrivais à entrer plus facilement. Tout le monde s’y tenait. Le groupe les Beaux Blonds avant de devenir les BB, Marie Carmen avant L’Aigle noir, Marie-Denise Pelletier avec une tignasse plus orangée que Cindy Lauper et l’auteur que tout artiste rêvait d’avoir comme allié: Luc Plamondon qui, bien installé au bar, gardait ses sunglasses at night. Un soir, j’ai pu avoir son attention quelques secondes: «Bonjour, je m’appelle Mitsou, moi aussi je suis chanteuse», lui dis-je en lui tendant la main, du haut de mes 15 ans. «Tu chantes quoi?», m’a-t-il demandé? «Euh… Vous allez voir, ça va sortir bientôt.» Merde! Il me fallait vraiment un démo de musique! J’avais été claviériste dans un groupe new wave, Danzlab, mais je faisais maintenant équipe avec le DJ et réalisateur Jean-Pierre Isaac, qui était aux platines dans ce même club et à qui je donnais déjà des commandes de chansons à créer. «JP, j’adore les Rita Mitsouko! Pourquoi on ne fait pas une toune avec la même énergie? Ça serait vraiment super!»
J’allais entamer ma dernière année de secondaire à l’école FACE (depuis fermée). Pendant les lunchs, une amie de classe très cool, Julie, fumait souvent des clopes, assise dans l’escalier donnant sur la rue University. Oui, on pouvait encore fumer des cigarettes aux abords des polyvalentes, mais à la fin de l’année, toute publicité sur le tabac dans les journaux et les magazines allait être interdite au Canada. Un midi, j’ai observé Julie avec ses deux tresses et sa veste en daim. «Ça serait trop cool de me faire des tresses aussi pour chanter ma première chanson, Bye Bye mon cowboy», ai-je pensé. Je n’avais pas encore figuré toute l’imagerie de cette chanson, mais ce midi-là, une étincelle s’est produite.
Quelques mois plus tard, j’entrais au cégep Dawson en théâtre, pour en sortir définitivement… après deux jours. L’établissement me forçait à faire un choix important: j’allais bientôt lancer Bye Bye mon cowboy (au même club, le Belmont, avec mes tresses!) et l’institution interdisait aux élèves de se produire professionnellement pendant qu’on y étudiait. J’avais peut-être l’insouciance de la jeunesse, mais certainement une vision qui me donnait des ailes, celle de créer une musique pour ma génération et rejoindre un public qui me ressemblait.

Comme l’effet papillon, toutes les années comportent des inspirations et des décisions qui, des années plus tard, teintent encore notre réalité. Comme quoi nous sommes des éponges à absorber des informations sur notre culture, notre société. Je suis heureuse d’avoir donné, en 1986, une direction à ma vie que je ne regretterai jamais. En espérant que 2026 soit aussi fertile pour les années à venir, pour vous et pour moi!
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