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La chaise

Cette chaise est le début d’une nouvelle ère. Je la possède depuis environ 7 ans, mais je ne lui ai pas donné assez d’amour. Ni à elle ni à moi. Par où commencer?

Allons-y avec le début de mes symptômes ce printemps: stress, stress, stress… et angoisse. Moi qui suis une fille relativement cool, j’ai perdu mes repères. Ça a commencé avec un dégât d’eau, puis évidemment des rénovations à planifier. Nous avons eu de la maladie dans la famille et le décès d’un ami m’a aussi bouleversée. Au bureau, les nouveaux défis se sont enchaînés. Nous avons embauché une nouvelle adjointe, puis une autre pour la remplacer.

J’ai aussi instauré de nouveaux procédés pour Mitsou.com, développé de nouveaux auteurs talentueux. Ma petite entreprise fondée il y a 10 ans pour nourrir ma passion de l’écriture a pris un nouvel élan. On est une joyeuse gang de 25 collaborateurs allumés et engagés. Je me suis donné des buts. Le blogue est devenu avec le temps un magazine, un média. Tout ça un peu aux dépens de ma santé mentale. Pas que j’ai capoté ben raide, mais j’étais souvent proche. Comme sur le bord du précipice, sachant que si j’avançais un pied de plus, j’allais péter au frette. Je n’avais plus de fun. Je m’imaginais crier des bêtises dans le couloir du bureau, dire la vérité à un collègue qui ne l’avait pas demandé. J’ai cru que mon corps allait faire un shut down comme un vieux iPhone passé date…

Des fois aussi, j’imaginais tout lâcher pour aller vendre des smoothies en République dominicaine avec mon chum. À bien y penser, j’aurais peut-être emmené les filles, mais à condition qu’elles soient bien fines. Je vivais tout ça en silence, car il n’y a rien de pire que d’avouer ses tourments à ses collègues ou à sa famille, heiiiiinnnn?????  Avouez que vous vous reconnaissez un peu…

Mais qu’est-ce qui fait que ce que l’on aime le plus au monde devient un fardeau? Quelle est la limite au dépassement de soi? Quand est-ce que ça devient malsain? Je ressentais étrangement que mon rythme n’était plus le même que celui des autres. Je poussais tout le monde au lieu d’attendre que les réponses arrivent. Comme si j’avais la responsabilité de la Terre entière et qu’elle ne tournait pas assez vite à mon goût. Curieusement, l’impatience avait remplacé la synchronicité qui m’est si précieuse. Aussi, depuis quelques semaines, je n’avais même plus la force ou l’envie de méditer. En conférence, je me vantais d’être une pro du métro-boulot-dodo et je disais que quand on est entrepreneur, on se nourrit de notre travail. C’est vrai, mais jusqu’à un certain point. Quand la liste de choses à faire est trop longue, quand on fait de la microgestion parce que l’on se valorise avec les opérations plutôt que de partager son processus à des collègues engagés, on ne maximise pas son VRAI potentiel et on se détruit à petit feu, jusqu’à perdre la flamme.

Puis il y a eu ce moment où, après une très longue journée, après le souper et les bains vers 20h30, je suis allée avec ma plus jeune à la pharmacie pour acheter des affiches de présentation colorées pour son projet. En revenant, il me restait encore un article à publier sur FB et à coucher les enfants, mais avant, je DEVAIS mettre des livres dans le coffre arrière de la voiture pour les apporter chez Renaissance (ben oui, c’est important à 9h du soir et ce genre de truc ne peut jamais attendre au lendemain!). La valise ne s’est pas ouverte complètement, je n’ai pas regardé et j’ai foncé tête première dedans.

J’ai commencé à pleurer comme un bébé. J’ai pris un sac de petits pois congelés et je suis allée me blottir dans ma chaise. Ce joli fauteuil du salon que j’aime tant et que j’ai acheté il y a des années, mais sur lequel je ne m’assois jamais parce que je n’ai pas le temps… C’est là que j’ai continué à verser mes larmes, gémissant de mal, de peur d’avoir une autre commotion, mais surtout, de pression qui s’évacuait. Mes filles m’ont entendue et sont venues me rejoindre. Leur maman qui pleure, c’est rare, à part quand leur spectacle de Noël est vraiment bon.

Elles se sont assises silencieusement autour de moi. On a parlé en se regardant dans les yeux. Kaia, Stella et Mila, pas une n’avait son iPad. Mon chum est venu nous rejoindre. C’est là que j’ai pris une décision: au moins une fois par jour, j’allais prendre quelques minutes pour m’asseoir à cet endroit et regarder par la fenêtre.

Le lendemain matin, j’ai regardé le soleil se lever depuis mon salon. La température était grise et maussade. Je me suis demandé ce que je pourrais faire pour ramener le plaisir et la lumière vers moi: acheter des fleurs pour mes amies de la radio. Ce n’était pas grand-chose, mais ça rendrait l’atmosphère plus jolie. C’est avec cette action qui n’était pas sur ma liste que je débuterais ma journée. J’irais lentement, en ne forçant pas la vie, mais en attendant que l’inspiration me revienne, peu à peu, en n’oubliant pas de prendre ce moment sur ma chaise chaque jour pour me sentir soutenue. Parce qu’un salon n’est pas fait que pour les invités. Des fois, c’est soi qu’il faut inviter pour se parler dans le blanc des yeux…

Du chaos naît une étoile qui danse.
-Nietzche

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