Il faut que je vous raconte. Cet été, j’ai fait la rencontre d’un chat exceptionnel dans ma cour arrière. Un jeune chat d’environ un an.
Alors que je m’occupais de mon troupeau — oui, mon troupeau, car j’ai déjà trois chats dont deux qui sortent uniquement en laisse et ont leur propre parc —, il s’est approché tout naturellement de moi. De nous.
Ce fut le début d’une belle histoire. Une histoire étrange, toutefois.
Le chat, que j’ai tout de suite baptisé Théodore, n’a plus voulu repartir de chez moi. Je me couchais le soir: il était sous mon porche. Je me levais le matin: il était encore là, posté comme un chien qui garde l’entrée.
Au bout de quelques jours, j’ai compris qu’il ne repartirait pas. J’ai réalisé qu’il venait de NOUS adopter. Que j’allais désormais avoir quatre chats.
Un mois plus tard, stérilisation, vaccins, etc.
Je dois avouer que quatre chats, pour moi, ça me semblait un peu fou. Je plaisantais en disant que si mes chances de rencontrer un homme étaient déjà minces, là, c’était fichu. Clin d’œil.
Mais je n’y pouvais rien: Théodore s’était si bien adapté à Oscar, Napoléon et Clochette que j’avais l’impression qu’il venait d’une autre dimension. Qu’il était à moitié chat, à moitié humain.
Son regard, son calme, ses comportements… on ne voit pas ça souvent chez un chat.

Un membre de la famille
Je me souviens de la première fois où je l’ai laissé entrer pour voir comment ça se passerait. Théodore s’est immédiatement mis en rang pour attendre son tour devant le bol de croquettes. Mes chats passaient à côté de lui sans grimace, sans crachat. Comme s’il avait toujours fait partie de la famille.
Mes amis, mes voisins, ma famille, les livreurs, les travailleurs qui passaient dans la cour: tous étaient accueillis par Théodore, qui se comportait finalement comme un chien.
Évidemment, Théo étant un chat d’extérieur, devoir rentrer la nuit était un peu difficile pour lui. Mais lorsque je lui disais: «C’est l’heure du dodo bientôt», il se calmait et allait même m’attendre dans mon lit.
J’ai passé un superbe été à profiter de ma cour, et Théo était là à chaque fois. Comme un chien, il se couchait à proximité de nous et participait aux rassemblements à sa façon.
Puis l’automne est arrivé, avec une première bordée de neige surprise au début novembre. Plus de rassemblements dans la cour, plus personne dehors pour tenir compagnie à Théo, qui, comme sa maîtresse, a un besoin intense de vivre au grand air.

Bye, Théo
Un soir, Théo n’est pas rentré. J’étais très inquiète. Je me suis même levée plusieurs fois la nuit pour vérifier s’il n’était pas sous le porche ou sur le patio.
Le lendemain, je l’ai aperçu quelques minutes, mais il semblait mal aller. Les symptômes observés depuis quelques jours ressemblaient au rhume félin, le coryza.
Ma voisine vétérinaire m’a dit qu’il n’y avait pas grand-chose à faire, mais qu’en cas de complications je devais aller en clinique.
Théo a voulu sortir ce jour-là. J’ai acquiescé, en me disant qu’il reviendrait quelques heures plus tard… mais il n’est pas revenu.
Les jours ont passé. Puis les semaines. Les mois.
J’ai fait tout ce que je pouvais pour le retrouver: affiches dans le quartier et dans les boîtes aux lettres, courriels à la Société protectrice des animaux de ma région, publications sur les réseaux.
J’essaie de rester optimiste. Peut-être qu’il a été enfermé par mégarde dans un cabanon. Peut-être qu’il est entré chez quelqu’un qui ne le laisse plus sortir.
Il me semble encore le voir surgir de la haie de cèdres en quatrième vitesse lorsque je tape dans les mains et que je l’appelle.
Un ange gardien
Je sais que les animaux peuvent disparaître pendant plusieurs jours, parfois même des semaines, mais je me dis quand même qu’il est peut-être parti aussi mystérieusement qu’il est arrivé dans nos vies.
Je me suis souvent questionnée sur cet animal pour le moins spécial. Un chat encore jeune, mais dont le regard et le comportement me faisaient penser à un vieux sage. Un chat qui, lorsque je lui disais que ça m’inquiétait qu’il ne rentre pas le soir et que je m’attendais à le voir revenir autour de 20 h, semblait comprendre… et se présentait effectivement à la porte vers cette heure-là.
Les gens pensent que d’avoir plusieurs chats, c’est compliqué. À part la litière qu’il faut nettoyer plus souvent, je dirais que c’est l’inverse. Les chats — surtout ceux qui ne sortent jamais — ont besoin de socialiser avec leurs semblables. Pour ma part, j’ai Clochette, qui est une solitaire, tandis qu’Oscar et Napoléon sont deux âmes sœurs. Alors, chacun a sa place, et mes deux garçons peuvent compter l’un sur l’autre pour jouer ou pour s’endormir collés-collés.
Dans le cas de Théo, devenu mon quatrième chat, les choses n’auraient pas pu être plus faciles. C’était le chat parfait pour rejoindre la meute. Il préférait la présence des humains à celle des autres animaux. Ça se voyait, ça se sentait. Souvent, il regardait mes chats avec un air de dire: «Mais qu’est-ce qu’ils font?» Comme s’il était moitié chat, moitié humain.
Depuis le premier jour, j’ai trouvé ses comportements étranges et spéciaux. C’est pourquoi il m’arrive de penser qu’il est peut-être un ange gardien sur Terre. Qu’il se déplace de maison en maison. Et peut-être avait-il simplement terminé sa mission avec moi. Avec nous.
Bien sûr, j’espère toujours son retour. Mais, où qu’il soit, je lui envoie tout mon amour et toute ma gratitude pour ce magnifique été passé en sa compagnie. Il a fait la joie et l’admiration de tous ceux et celles qui ont eu la chance de le côtoyer.
Je t’aime, Théo. Merci pour tout.