Si vous êtes parent d’un adolescent, vous avez peut-être entendu parler de la nouvelle émission 13 Reasons Why. Cette émission signée Netflix a été produite par nulle autre que Selena Gomez, actrice tournée pop-star et icône importante pour les jeunes filles d’aujourd’hui.

13 Reasons Why raconte l’histoire du jeune Clay qui, suite au suicide d’une collègue de classe, Hannah, reçoit des cassettes par la poste. Sur chacune de ces cassettes, on entend la voix d’Hannah qui raconte les 13 raisons pour lesquelles elle est passée à l’acte.
Certainement, cette nouvelle série de Netflix parle d’un sujet très important. Le suicide est, malheureusement, une triste réalité pour plusieurs familles québécoises. Au Canada, le suicide est la deuxième cause de décès chez les adolescents. Il y a donc nécessité d’en discuter, d’embarquer dans un dialogue avec les jeunes sur la santé mentale. Il faut toutefois le faire avec tact, c’est un sujet délicat…
Netflix ou comment ne pas faire?
Alors que je ne peux qu’espérer que l’intention derrière 13 Reasons Why soit d’éclaircir la réalité des adolescents souffrant d’intimidation à l’école et de débuter un discours important, les producteurs et réalisateurs s’y prennent de manière extrêmement dangereuse. Il existe d’importantes règles à suivre pour les médias qui veulent faire des reportages sur le suicide: ne pas décrire de raisons simplistes pour se suicider (une jeune fille qui meurt par suicide parce qu’elle doit porter des broches); ne pas décrire le suicide comme étant inexplicable (il avait tout!); présenter des alternatives au suicide (références pour des centres de crises, encourager les visites aux urgences, etc.); éviter d’utiliser le mot «suicide» dans le titre d’un reportage; présenter des histoires de gens qui s’en sont sortis; et peut-être la règle la plus importante, ne pas donner de détails quant à la méthode utilisée.
Pourquoi ces règles? Parce que le suicide peut être contagieux. Même ici, au Québec, en 1997, dans la région de Coaticook, cinq adolescents fréquentant la même école se sont enlevé la vie en trois mois. Le suicide a des répercussions sociales et il faut l’aborder de manière saine, mais surtout sauve.
Netflix a agi de manière très irresponsable avec cette nouvelle série. Plusieurs de ces règles si importantes pour éviter la contagion et les suicides imitateurs ont été enfreintes. Le plus inquiétant: la série culmine avec le suicide de Hannah, présenté en détail. Si nous donnons le bénéfice du doute aux producteurs et aux réalisateurs de cette émission et que nous nous disons qu’ils avaient pour but d’aider les jeunes avec des pensées suicidaires, ils ont peut-être eu tout l’effet contraire. Présenter un suicide comme cela, c’est dangereux. Ça donne des idées, ça valide l’option et ça à l’air courageux.
Pas si facile à comprendre
Le suicide n’est pas si simple que d’être réduit à 13 raisons ou à la faute de 13 personnes.
Psychologues, psychiatres et intervenants auprès de gens en détresse psychologique ne peuvent parfaitement prévoir un suicide. Oui, il y a des indicateurs de risque: les menaces de suicide, les gestes autodestructeurs, le désespoir et l’impulsivité sont des signes importants qu’il faut regarder. Mais ces indicateurs sont loin d’être parfaits. Il faut considérer les circonstances sociales de l’adolescent. L’intimidation et l’isolement à l’école peuvent être des risques importants pour le suicide, mais la présence de même un seul ami cher peut aussi venir mitiger ce risque. Le suicide est complexe et nous sommes loin de la prévision parfaite. Les chercheurs commencent même à se tourner vers les facteurs de risque biologiques. Une équipe de chercheur à McGill et à l’Institut Douglas à Montréal cherche à comprendre la neurobiologie du suicide: les gens qui passent à l’acte ont-ils des différences cérébrales que ceux qui ne le font pas? D’autres chercheurs veulent mieux comprendre les capacités physiologiques à gérer ses émotions en mesurant les différences au niveau du système nerveux sympathique et parasympathique (qui gère la réponse physiologique de lutte ou de fuite en état de stress) entre les adolescents avec et sans symptômes de dépression et de suicidalité.
Des options, il y en a.
Le suicide chez les adolescents: parlons-en, oui. Encourageons les jeunes à parler, à s’exprimer, entre eux et avec des adultes responsables et qui ne les jugerons pas. Mais, parlons surtout des ressources qui leur sont disponibles. Au Québec, nous en avons des ressources. Solidaires pour la Vie est un programme de sensibilisation visant les adolescents, leurs parents et les intervenants en milieux académiques. Ils cherchent à établir un discours sain et ouvert sur les problèmes de santé mentale et le suicide auprès des jeunes. Il existe aussi Tel-Jeunes, une option pour les jeunes pour parler de leur détresse et obtenir de l’aide d’intervenants 24 heures sur 24. En cas de crise, présentez-vous aux urgences.
Surtout, ne glorifions pas le suicide. Les médias ont une responsabilité importante, surtout auprès des jeunes qui sont de grands consommateurs de télévision et de réseaux sociaux. Ces règles de reportages ne sont pas pour déranger la liberté de parole. Elles sont pour protéger les gens, pour réduire le risque d’imitation.
Parce que la vie, c’est plus important qu’une série Netflix.
Tel-Jeunes: Pour joindre un intervenant pour parler d’une situation qui te préoccupe:

Texto: 514-600-1002
Téléphone: 1-800-263-2266
Solidaires pour la vie: Réservez dès maintenant une animation à www.fondationdesmaladiesmentales.org
Besoin de participants pour une étude à Montréal
Nous recrutons présentement des participants pour une étude portant sur les relations entre le bien-être émotionnel des adolescents, l’entourage social et le fonctionnement cardiaque.
La participation comprend une séance d’enregistrement cardiaque en laboratoire pendant différentes tâches (1,5 heure), un journal de bord électronique pendant 10 soirs et un court suivi électronique 3 et 6 mois plus tard.
Si vous avez ou connaissez des adolescents de 12 à 18 ans qui seraient intéressés à participer, ils peuvent nous contacter par courriel à [email protected] pour plus d’information.
