Que feras-tu quand tu seras grand?
Combien de fois nous a-t-on posé la question lorsque nous étions au primaire? Dans mon temps, les réponses ressemblaient à cela: dans une classe de 24, il y avait environ 4 joueurs de hockey, 3 docteurs, 3 pompiers, 4 policiers, 1 vétérinaire (souvent l’élève qui choisissait toujours un animal comme sujet d’exposé oral), 2 dentistes, 3 professeurs et quelques astronautes.
Je me suis demandé si les jeunes, de nos jours, avaient les mêmes rêves que nous? Après tout, leur vécu est différent. Ils grandissent avec YouTube, avec les téléréalités et ils ont accès à la planète en un seul clic.
J’ai lancé le défi à mes élèves de sonder tous les jeunes de l’école, de la première à la sixième année. Il ne faut pas oublier que je travaille à Montréal, dans un milieu multiethnique et allophone. Mes élèves se sont mis au travail et chacun était responsable d’une classe. Quelques heures plus tard, on possédait un trésor: la liste des futurs métiers des 360 élèves de l’école, classée selon leur âge.
Voici les résultats:
Les élèves de 6-8 ans
15% docteur
15% joueur de soccer
15% policier
11 % rappeur
10% professeur
9% cuisinier
6% musicien
6% danseur
5% caissier dans une épicerie
4% maman
4% autres: joueur de hockey, président d’un pays, marionnettiste et pilote d’avion
Bon, la liste des plus jeunes n’est pas trop surprenante et les métiers sont plutôt traditionnels. L’influence du métier des parents? Le métier que les parents leur suggèrent d’exercer (fiston, quand tu seras grand, tu seras docteur…)? Admiration pour leur enseignant, un adulte souvent très signifiant pour les plus jeunes? Signe de leurs intérêts artistiques?
Les élèves de 9-12 ans
12% joueur de soccer
12% youtubeur
10% docteur
8% professeur
8% mannequin
8% chanteur
7% animateur de télévision
6% avocat
6% joueur de basket
5% policier
5% ingénieur
4% infirmier
3% premier ministre du Canada ou président de leur pays d’origine
3% danseur
3 % autres: astronaute, ingénieur, chef cuisinier, juge, inventeur, animateur à la télévision
Juste à voir le nombre de garçons qui portent des t-shirts à l’effigie de leur joueur préféré, je peux affirmer que le soccer est le sport le plus populaire à l’école dans laquelle je travaille. Ils en parlent, ils en regardent à la télévision et sur internet et ils en lisent! C’est donc normal qu’ils rêvent de jouer pour Real Madrid ou pour FC Barcelona.
La vie de youtubeur semble être, pour mes élèves, la vie rêvée. Tu ouvres ta caméra et tu dévoiles tes talents. Chanter, imiter son idole, effectuer une cascade, analyser un match, divulguer des trucs de maquillage… tu y vas selon tes goûts et tes connaissances. Un clic et c’est publié sur YouTube. Il ne te reste qu’à regarder le nombre de «J’aime» augmenter, de minute en minute et à penser à ta prochaine publication. Tentant pour un ado, non? C’est leur vision.
J’ai demandé à mes futurs artistes comment ils prévoyaient débuter leur carrière et la réponse fut unanime: en participant à La Voix ou à America’s Got Talent. Avec leurs petits yeux de 9-11 ans, c’est la voie qu’ils désirent emprunter.
Mais qui éteindra les feux? Où sont passés les pompiers? C’est sûrement l’un des métiers qu’ils découvriront plus tard, lorsqu’ils se feront poser à nouveau, au secondaire, la fameuse question: «Quel métier exerceras-tu plus tard? »
Certains de ces élèves exerceront peut-être le métier dont ils rêvent. D’autres en découvriront de nouveaux ou prendront conscience de tout ce que leur métier exige.
Que faire en attendant? Ma suggestion est de les laisser rêver tout en leur présentant des métiers qu’ils ne connaissent peut-être pas. Ils ont encore plusieurs années pour y réfléchir, non?