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M.A.D. À travers son regard

Cet été, je me suis assise dans ma voiture et j’ai fait dérouler mes courriels en attendant que ma fille sorte de la maison. Sur mon écran, une invitation à me brancher sur la musique d’une nouvelle artiste québécoise, la rappeuse M.A.D. Ses mots m’ont atteint directement au cœur alors qu’elle entonnait les premières phrases de sa chanson La belle époque. Elle y raconte son histoire, celle d’une enfant métissée, vivant à une époque empreinte d’innocence, d’ouverture et du désir de découvrir l’autre, qui en grandissant devient déchirée entre les cultures qui la nourrissent. 

À cette époque ouais

J’me rappelle 

Le livre « Racine » 

Et la colère qu’en moi le lire a pu faire jaillir 

Je les ai haïs 

Je me suis haïe 

Dégoût légitime 

J’avais l’impression d’être l’agresseur et l’agressé fusionnés 

Ce matin-là, M.A.D. m’a fait penser à celle que j’allais reconduire à l’école et qui se pose tant de questions sur les injustices de notre société, qui est encore ancrée dans une réalité toute blanche. J’ai demandé à Mystika Ava Dynasty alias M.A.D. de se présenter et de nous faire entrer dans son univers doux et amer. Peut-être aurez-vous envie de la découvrir encore plus? 

Mitsou

Elle avait un regard franc et un regard triste.

Un regard perçant et un regard timide.

Elle avait un regard rempli d’amour et un regard vide de sens.

M.A.D. avait un regard trouble.

Elle ne connaissait pas son père.

Elle était de ces enfants qui ne cherchent pas à savoir d’où ils viennent, car ils ne savent pas où ils vont.

Maman lui disait souvent qu’elle ne pouvait pas plaire à tout le monde. « Alors, à quoi bon aimer les gens », se demandait-elle.

La tête baissée, les épaules voûtées, M.A.D. semblait ne pas vouloir être née.

Elle ne se sentait pas à sa place ici. Ici ni nulle part. Elle avait d’ailleurs toujours eu de la difficulté à s’intégrer.

On lui demandait souvent de choisir de quel côté elle était : celui des « noirs » ou celui des « blancs »? Elle ne le savait pas, elle était métisse. Mieux, elle était M.A.D. 

Celle-là même qui avait grandi dans l’un des quartiers les plus multiethniques de Montréal : Parc-Extension. Celle-là même qui côtoyait à l’école des enfants, qui avant d’être de cultures, croyances, moeurs et coutumes diverses, étaient avant tout ses ami(es). Celle-là même que Maman avait initiée très tôt aux films d’Asie du Sud, qu’elles écoutaient sans traduction ni sous-titres, ainsi qu’aux saris qu’elles aimaient tant porter. Comment donc pouvait-on aujourd’hui lui demander de choisir une identité qu’elle construisait à même ce mélange éclectique qui l’avait entouré? Elle, à qui Maman avait décidé de ne pas apprendre sa langue maternelle, de peur qu’elle ne se retrouve en classe d’accueil. Elle, qui devait constamment justifier ses choix, ses goûts, comme n’étant en rien lié à la couleur de peau du père qu’elle n’avait jamais connu.

Étrangement, enfant, personne ne lui avait demandé de choisir. En grandissant, qu’est-ce qui avait changé? En quoi son métissage l’obligeait-il à choisir un camp? À choisir un clan? À choisir de participer à un combat qui ne devrait pas être, où elle pouvait autant être alliée qu’ennemie, ennemie qu’alliée.

Tout ceci lui semblait trop étrange et la mettait dans une position inconfortable où sa façon de voir les choses la faisait souvent passer pour l’avocate du diable.

Que pouvait-elle faire pour tout arranger. Pour enfin avoir le droit d’aimer la vie sans se sentir coupable d’exister?

Je crois que c’est à partir de ce moment-là que son regard se fit un peu plus froid.

Elle avait un regard franc et un regard triste.

Un regard perçant et un regard timide.

Elle avait un regard rempli d’amour et un regard vide de sens.

M.A.D. avait un regard trouble, mais elle n’était pas née ainsi.

C’était très difficile de savoir ce qu’elle pensait vraiment. Derrière son visage aux traits enfantins, dont l’âge restait incertain, seule sa démarche pouvait laisser trahir le poids du monde qui semblait peser sur ses frêles épaules.

C’est Maman qui l’avait élevé seule. Elle était son unique enfant. Elle voulait une fille, elle avait eu une fille. Elle voulait une balance ascendante balance, elle avait eu une balance ascendante balance. Elle voulait une amie, elle avait eu une « ennemie ».

Maman et M.A.D. étaient trop différentes pour se comprendre.

Cependant, comme cela est souvent le cas entre protagonistes au coeur d’une situation conflictuelle, force était de constater qu’en réalité, elles étaient [dans un sens] trop peu différentes pour ne pas être en mesure de se comprendre.

« Parfois, nos souhaits peuvent se retourner contre nous », disaient certains. « Je n’aurais jamais dû faire un enfant avec un blanc », répondait Maman. « Je veux simplement être libre », pensait M.A.D.

C’est avec cette idée de liberté en tête qu’elle fit ses premiers pas dans la société : sans vraiment savoir de quel côté elle était. Sans vraiment chercher à savoir dans quelle catégorie on la rangeait ou quelle case elle devait cocher à l’indélicate, non essentielle, systémique question : « À quel groupe ethnique appartenez-vous? », dans les demandes d’emploi et les formulaires gouvernementaux.

En fait, elle s’en foutait.

Elle avait un regard franc et un regard triste.

Un regard perçant et un regard timide.

Elle avait un regard rempli d’amour et un regard vide de sens.

M.A.D. avait un regard trouble, tout comme son parcours

Au secondaire, elle était dans une classe enrichie. À la maison, elle était dans la classe pauvre. C’était l’histoire de sa vie. Sa vie, qui aux yeux de plusieurs, était dichotomique. La voilà, encore une fois, se sentant en marge de tout et de tous.

Peu importe, elle était juste M.A.D.

Celle qui voulait sauver le monde, mais qui craignait l’inconnu. Celle qui voulait être acceptée par tous, mais qui ne voulait être comme personne. Celle qui voulait vivre éternellement, mais qui en avait assez de cette existence.

Elle faisait partie de cette branche d’individus qui veulent en finir, mais qui ne savent pas par où commencer.

Elle était confuse.

Elle avait peur.

Peur du jugement des autres.

Peur d’être M.A.D.

À ce moment-là, tout ce sur quoi elle s’était construite tomba en miettes et c’est en se voyant, elle aussi, s’émietter, qu’elle comprit qu’il lui fallait se reconstruire, s’endurcir.

Dans son appartement, M.A.D. [ré]apprit à être M.A.D.

M.A.D.

Cette « enfant du monde », qui dépassant les multiples frontières physiques et mentales mises en place, se sentait chez elle peu importe où et avec qui elle se trouvait, du moment qu’elle se sentait aimée, respectée, dans toute son individualité, dans toute son authenticité, dans toute sa complexité.

M.A.D.

Cette personne résiliente, qui loin de n’être jamais tombée, de n’avoir jamais pleurée, se relevait à chaque fois, riche des leçons apprises par les épreuves traversées; prête à reprendre la route, à poursuivre son chemin[ement].

M.A.D.

Cet ÊTRE VIVANT.

Elle comprit que seule sa perception d’elle-même comptait et que si cette perception devait aller à l’encontre de celle des autres, elle devait tout de même garder la tête haute et ne pas avoir honte d’être celle qu’elle était.

Il se passa alors chez elle une transformation que plusieurs ne furent en mesure d’accepter.

Qu’importe.

Elle était enfin libre.

Mystika Ava Dynasty alias M.A.D.

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