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Les jeunes souffrent en silence

Les travaux scolaires s’accumulent, l’anxiété ne cesse de croître et la situation d’isolement est de plus en plus accablante. On ne semble plus voir la lumière au bout du tunnel. C’est difficile.

Lundi matin, je me lève tôt, je bois mon café, j’assiste à mes classes par Zoom. Je n’allume plus ma caméra, j’ai perdu mes yeux pétillants. Je lunche seule parce que maman et papa travaillent.

Je retourne en classe. Minuit, il serait peut-être l’heure de me coucher. Vais-je avoir le temps de compléter mon travail de philosophie? Quand est-ce que je vais avoir le temps d’appeler ma meilleure amie?

Mardi, mercredi, jeudi, vendredi, même chose. Je vois ma vie, ma jeunesse, les moments les plus précieux défiler devant moi. Samedi et dimanche sont encore plus difficiles. Les journées qui me rendaient la plus heureuse semblent maintenant celles qui me dépriment le plus. Une chance qu’on a OD.

J’ai toujours été amoureuse de la vie. Je suis une fille qui profite de chaque instant et qui conserve le sourire même dans les moments de vulnérabilité. J’ai vraiment hâte de retrouver cette fille, elle me manque.

Imaginez maintenant la vie des jeunes qui souffrent d’enjeux de santé mentale, pour qui la vie est noire depuis mars. Chaque jour où ils restent parmi nous est un miracle. On les oublie souvent eux. Ces temps-ci, je lis sur la pandémie et les jeunes, sur comment nous vivons de grandes épreuves, mais on ne fait rien pour nous aider.

J’ai des parents extraordinaires qui ne cessent de me donner de l’amour, de m’encourager et de me pousser à continuer durant ces temps difficiles. Je ne peux imaginer les jeunes qui vivent des enjeux familiaux terribles. Leur maison devient une prison. « Restez chez vous! » C’est impossible de s’en sortir. Avez-vous pensé à eux?

Les temps sont difficiles pour tout le monde, j’en suis bien consciente. J’ai perdu ma grand-mère du cancer du sein en juillet, ce n’est pas facile. Les milliers de familles qui font des funérailles virtuelles, qui ne peuvent donner des câlins à leurs proches. Est-ce la bonne façon de célébrer la vie de quelqu’un qu’on a tant aimé? On est tous dans le même bateau et tout ce qu’on peut faire c’est de continuer à ramer. Un jour, on va être à l’arrivée, il faut juste patienter. Où m’en vais-je avec ce texte ?

« On comprend Daphnée, tout le monde vit des moments difficiles! »

Les jeunes ont besoin d’aide. Des milliers d’entre eux ne sont plus capables de guérir leurs blessures. Ils n’anticipent plus le soleil après l’orage, ils ont perdu espoir. Mais ça peut s’améliorer, nous avons tous un rôle à jouer pour y arriver.

Les professeurs, vous avez un rôle primordial dans cette pandémie. Non seulement vous devez continuer à nous enseigner et à nous enrichir tous les jours, mais pour plusieurs, vous êtes le seul contact humain qu’ils auront durant leur journée. Votre énergie positive est essentielle. Ce n’est pas le temps d’ajouter des travaux parce que « les jeunes restent chez eux toute la journée, et qu’ils ont juste ça à faire! » C’est le temps d’écrire au garçon qui a les yeux cernés, le visage éteint et qui n’est plus en état de travailler. Est-ce que lui ajouter plus de devoirs est vraiment une bonne idée? Parce que notre vie tourne maintenant uniquement autour de l’école. Merci de rendre le cours d’une heure, l’heure la plus excitante que vous ayez enseignée. Ce n’est pas un défi facile, j’en conviens, mais vous avez un si grand impact sur nos vies.

Aux parents, pour vous aussi, la vie n’est pas toujours rose. Certains d’entre vous avez perdu votre emploi, votre parent, votre mariage, votre sourire. Mais soyez patients avec nous, montrez-nous qu’ensemble on reste plus forts. Votre enfant semble toujours négatif? Demandez-lui si tout va bien et s’il a besoin d’aide. Parce ce que chaque geste compte beaucoup pour nous.

Nous aussi, les jeunes, avons un rôle à jouer. On doit rester attentifs à nos collègues, à nos amies. Un petit message d’encouragement ou un petit coucou peut tout changer.

Monsieur Legault, vous faites face à une situation complexe. Il n’existe pas de manuels sur «comment diriger une province en temps de pandémie.» Nous, les jeunes, et les Québécois sommes très reconnaissants du travail que vous et votre gouvernement faites. Les Cégeps ont récemment fermé, je ne suis pas contre cette décision. Ayant des parents à risque, je reste prudente, et être dans une classe avec 30 autres élèves de 30 familles différentes ne me semble pas très responsable. Par contre, je m’explique mal pourquoi je n’ai pas le droit de voir UNE amie, d’étudier avec UNE amie, de rire avec UNE amie, de pleurer avec UNE amie. Vous faites tout pour que les enfants puissent aller faire du porte-à-porte avec leurs sacs d’Halloween, mais nous, jeunes adultes, on nous oublie. On est rendus assez grands, on doit fermer nos gueules pendant qu’on souffre en silence derrière nos écrans.

C’est le temps d’agir pour mitiger les impacts sur notre génération, il y a urgence. C’est un appel à l’aide.

Daphnée Taillefer, 17 ans

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