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L’enfer de Sylvie Drapeau, un hommage à son frère schizophrène

On la connaît au théâtre ou pour ses rôles dans Nos étés ou Bouscotte, mais la comédienne Sylvie Drapeau manie aussi habilement la plume. Après avoir publié les romans Le fleuve et Le ciel, dans lesquels elle s’adressait à son frère noyé et à sa mère partie beaucoup trop tôt, Sylvie se concentre cette fois-ci sur la vie d’un autre de ses morts: Richard, le cadet de la famille, qui s’enleva la vie puisqu’il était torturé par la maladie… la schizophrénie. C’est avec beaucoup d’amour que l’auteure rend hommage à son petit frère, tout comme au drame familial qui en a découlé, dans ce récit biographique plus que touchant!

Avec L’enfer, vous abordez deux sujets qui sont encore tabous aujourd’hui: la santé mentale (la schizophrénie) et le suicide!

Je pense que c’est bon d’en parler, parce que sinon, comment va-t-on s’en sortir si on fait semblant que ça n’existe pas? C’est très mauvais pour la santé de faire semblant que tout est toujours tiguidou… Ce n’est pas la vérité! Il y a des gens qui sont aux prises avec de graves maladies… Alors, ça libère beaucoup de dire la vérité et ça permet de dépasser la douleur. En ce moment, on est dans une période de dénonciation et le monde est en train de changer. Le monde ne sera plus jamais le même, même s’il y a des dérapages. C’est un moment très important qu’on vit, où les gens se mettent à dire la vérité. Les gens se disent enfin: «Me faire traiter comme ça, je n’en peux plus et je n’en veux plus!» Il faut dire la vérité pour évoluer, en tant que personne et en tant que société.

L’enfer, c’est d’une part ce que vit Richard, mais c’est aussi ce que vivent ses soeurs impuissantes face à la maladie et face à ce que leur frère leur fait endurer.

Lorsqu’on s’occupe de quelqu’un qui est schizophrène, quand on est proche de quelqu’un qui est schizophrène, il nous emmène un peu en enfer. Richard vivait une invasion, il était envahi par des voix étrangères. Il entendait des voix qui n’étaient pas réelles pour nous, mais qui étaient bien réelles pour lui… c’était ça, sa maladie. Son cerveau était déréglé et nous étions totalement impuissantes… C’était difficile à comprendre pour nous, qu’il entende d’autres êtres humains dans sa tête, d’autres présences, mais c’était sa triste réalité. On a fait de notre mieux… On a fait ce qu’on a pu, avec notre coeur!

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Qu’est-ce que vous aimeriez que les gens retiennent de ce livre?

Je pense que chacun va aller chercher sa vérité. J’ai reçu beaucoup de témoignages depuis qu’il est sorti, de personnes que je connais pourtant, mais qui ne se sont jamais confiées à moi de la sorte! Les gens me parlent de leurs frères et sœurs, de leur mère bipolaire ou schizophrène… des gens que je connaissais qui ne m’avaient jamais parlé de ça. C’est sûr que j’ai automatiquement le réflexe de me dire «Mon Dieu»! C’est vrai qu’on n’est pas portés à parler de ça, la schizophrénie d’un de nos proches, au quotidien… et pourtant, en partageant mon expérience, les gens autour de moi se sont sentis moins seuls et ont compris les difficultés qu’on a pu vivre. Ils se disent: «Ah ok! Je n’ai pas rêvé, c’était difficile pour vous»! Malgré l’amour, c’est très difficile à vivre. C’est une maladie qui ne se soigne pas… Remarquez, peut-être que les médicaments sont plus efficaces aujourd’hui qu’à l’époque où on a vécu ça, il y a 15-20 ans. Ça ne fonctionnait pas très bien dans notre temps, comme le livre en témoigne. J’espère que les médicaments apaisent plus les schizophrènes aujourd’hui, qu’ils les aident mieux… mais, je ne sais pas, je ne suis pas au courant. Je témoigne vraiment d’une vérité, de ce qu’on a vécu!

On comprend dans le livre que vous avez mis votre vie sur pause pendant huit ans pour aider votre frère…

Effectivement, mes soeurs et moi, on avait toutes un peu l’impression de devoir mettre notre vie de côté… Mais, c’est drôle à dire, parce c’est pendant ces années-là, pendant toute ma trentaine, où je jouais des très grands rôles au théâtre. Ce n’est pas une très grande pause (rires), c’est-à-dire que ça prenait beaucoup de temps dans notre vie, mais ça nous ne nous empêchait pas de travailler, d’aller jouer au théâtre ou de prendre soin de notre famille. Mais c’est vrai que pendant toute ma trentaine, j’ai accompagné mon frère schizophrène!

Ça a quand même dû forger votre identité, de vivre un drame familial de la sorte?

Ça change tout, mais en même temps, c’est beau. Tu sais, on ne regrette jamais d’avoir aidé quelqu’un! Même si c’était douloureux et exigent, j’en retire quand même du beau que je partage dans le livre. Juste de parler de lui, de sa vie et de notre vie avec lui, de raconter comment on l’aimait malgré tout, c’est ça la plus belle preuve d’amour. Même quand on pensait qu’on n’était plus capables, on continuait quand même… c’est beaucoup d’amour ça! Il y a plein, plein de gens dans la vie qui sont aux prises avec des proches qui sont dans la maladie mentale et aussi beaucoup de gens près de nous qui vivent eux-mêmes la maladie mentale. Un ami m’a fait un beau témoignage récemment, il m’a dit: «Tu sais, je suis un peu Richard parfois»! J’ai trouvé ça beau! Il voulait parler de son propre désarroi, de ses propres failles. Cette franchise, cette humilité, ça m’a touchée… j’ai trouvé ça très beau. On est des humains maladroits, mais on vit!

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Dans le livre, vos soeurs et vous, vous vous surnommez la «meute». Pourquoi?

Parce qu’on était nombreuses! C’est simplement une image. Une meute de loups, c’est à la fois sauvage… il y a beaucoup de loups, ils sont nombreux, sauvages et ils sont un peu indissociables les uns des autres. Ils font partie d’un clan. C’est comme ça que je nous voyais! On était là l’une pour l’autre peu importe ce qu’il advenait, et ce, même si nos parents n’étaient pas toujours là pour nous soutenir. On a toutes pris soin de notre frère à la mort de notre mère.

À côtoyer votre frère, est-ce que vous avez eu peur, la meute, de développer cette maladie mentale-là… la schizophrénie?

C’est sûr! De la développer, de la transmettre à nos enfants… c’est sûr que ça fait énormément peur. Mais en même temps, ça ne donne rien la peur. Ce n’est pas constructif! Il faut continuer à vivre et, Dieu merci, tout va bien… Mais, ça fait partie de la vie. C’est comme un petit poison, ça injecte un petit poison dans la tête qui s’appelle la peur. Il faut respirer par le nez et ne pas trop écouter ce genre de peur, qui n’est pas constructif et destructeur même. Parce que nous, on est vivantes… la vie continue et il faut vivre!

L’enfer est le troisième livre d’une tétralogie qui compte déjà Le fleuve et Le ciel. Le dernier s’appellera La terre. De quoi va-t-il parler?

Mon idée, c’était de m’adresser à mes morts, à quatre morts. Le premier, je m’adresse à mon grand frère qui s’est noyé lorsque j’avais cinq ans; ça s’appelle Le fleuve et on est dans l’élément de l’eau. Le second, c’est Le ciel qui s’adresse à ma mère qui est partie trop jeune, alors que j’étais jeune femme; l’élément de l’air. Le troisième, L’enfer, où je m’adresse à mon petit frère qui était schizophrène et qui s’est enlevé la vie; le feu. Le dernier, celui sur lequel je suis en train de travailler, s’appelle La terre : il s’adresse à ma sœur qui est décédée, évidemment, puisqu’il s’agit toujours d’une adresse aux morts. Chaque livre est un hommage, une façon de regarder les êtres qu’on a aimés et qu’on doit laisser aller.

Tous les événements sont réels, autobiographiques. Ce qui est la création, ce qui est le roman, c’est la façon de le regarder, la vision. Parce que ces histoires-là qui sont belles et bien vraies, il y aurait autant de façons de les raconter qu’il y a de gens qui les ont vécues ou observées: c’est ma vision à moi de ces événements.

Qu’est-ce qui s’en vient pour vous?

Je viens de terminer de jouer L’Homme éléphant avec Benoît McGinnis au Théâtre du Rideau vert, du gros gros bonheur! Sinon, j’écris le quatrième livre: dans la journée, je suis beaucoup avec mon quatrième qui verra le jour d’ici quelques mois. L’an prochain, je vais faire partie de cinq spectacles, donc je n’écrirai pas parce que je vais être actrice à plein temps!

L’enfer de Sylvie Drapeau (Leméac Éditeurs) est disponible dès maintenant, juste ici (12,99$)!

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Crédit photo à la une: Angelo Barsetti
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