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Carnets de fuite: Fuir la réalité dans les dépendances

Les filles de mon âge la connaissent comme la «petite de Ramdam»!

Actrice (Louis Cyr : L’homme le plus fort du monde, Mensonges, Féminin/Féminin), scénariste, conférencière et maintenant auteure, Éliane Gagnon se livre à coeur ouvert dans Carnets de fuite, un premier ouvrage sous forme de touchant récit relatant son parcours difficile au travers sa consommation abusive de drogues et d’alcool.

Éliane a composé avec des troubles de dépendance pendant près de 20 ans. Le 27 février prochain, elle fêtera ses trois ans de sobriété, un défi de tous les jours!

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Carnets de fuite, c’est le voyage de tes alter ego Lili-Love et Lili-Destroy à travers leur quête de liberté et de bonheur. Avec ton livre, tu souhaitais donner un peu d’espoir à tous ceux qui en ont besoin ainsi qu’à ceux qui tentent de se rétablir d’un trouble de dépendances ou de destruction, parce que ce sont des sujets encore trop tabous dans la société!

Tout à fait. C’était ça mon but. C’était aussi pour compléter ma première sortie publique avec Urbania et j’ai d’ailleurs inséré les textes d’Urbania dans le livre aussi, ce qui fait en sorte qu’on me suit dans les «vraies années», les vraies années de cette déchéance-là. Dans le fond, ça me prenait plus que deux pages, plus que mille mots, pour pouvoir vraiment bien creuser et expliquer ce trouble, ce vide intérieur-là que j’ai vécu pendant plus que la moitié de ma vie, et que les gens puissent s’identifier aussi à la souffrance et aux risques.

Tu dis d’entrée de jeu qu’il est important de briser le silence face aux troubles de dépendance et de destruction parce que non seulement beaucoup de jeunes vivent cette réalité, mais aussi des gens de tous les âges!

La dépendance, ça ne fait pas de discrimination. Il n’y a pas de critères pour avoir une dépendance… Au contraire, ça peut vraiment toucher tout le monde. C’est insidieux, on a du mal à la voir venir et surtout à en venir à bout. On peut penser qu’on a le contrôle… mais on a tout faux. Je pensais que je contrôlais mes dépendances, que je contrôlais ma consommation alors que j’étais vraiment dans le champ. J’étais dans le déni total, en fait!

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On comprend dès le début que tu as souffert de ne pas avoir connu ton père, de son absence et de son abandon… Même si tu l’as finalement rencontré plus tard dans ta vie, ça ne t’a pas apaisée.

Il aurait pu rester inconnu… ça aurait peut-être été mieux comme ça! Je sais que la souffrance du vide est beaucoup reliée à l’affectif… et je pense que c’est ça pour beaucoup de dépendances. C’est un espèce de vide à combler. Il y en a parfois que c’est trop d’amour, d’autres que ce n’est pas assez. Moi, je n’ai manqué de rien, mais vraiment de ne pas savoir qui était mon père et de chercher la vérité, je pense que ça m’a laissé des séquelles profondes qu’encore aujourd’hui je tente de réparer. Je me rétablis de ça aussi, de l’abandon. Il y a un certain docteur qui parle de l’abandon comme un trouble en soi. Je pense qu’il y a beaucoup de monde qui en souffre, de ce trouble-là, et pour l’apaiser, on consomme et on pense que finalement que ça va régler les choses… quand finalement on évite le problème. Moi, en tout cas, je n’arrivais pas à aller voir au coeur de la blessure. Quand tu réussis à toucher au coeur de la blessure, c’est plus facile d’en guérir, je pense.

Même si ta mère était là pour toi, tu disais quand même que tu te sentais comme une «orpheline, comme une fillette abandonnée victime d’une situation qui t’a donné tous les prétextes pour boire, te détruire, te la péter et ne jamais prendre de responsabilités pour ta vie».

Exactement… c’est comme si dans le fond, il y avait une raison. J’ai réalisé plus tard que c’était vraiment de la destruction pure et dure. Je mettais la faute de ma condition sur les autres finalement et toutes les raisons étaient bonnes pour fuir, pour ne pas affronter la réalité telle qu’elle était.

Un peu la même chose que losqu’on se dit qu’on se récompense avec une barre de chocolat!

Complètement… Encore maintenant, je le fais. Mais je me récompense d’une autre façon! J’ai arrêté de boire, j’ai arrêté de fumer du pot, j’ai arrêté de me geler, mais t’sais… je vais m’acheter 6 truffes à la boulangerie Les Co’Pains D’Abord trois fois par semaine! Et j’en ai besoin, parce que je me dis que crime… il me faut quand même de petits plaisirs. Ce n’est plus pour combler un vide, mais à un moment donné, je me suis dit que je ne suis pas une sainte! Je peux-tu manger mes truffes tranquille (rires)? On ressent tous ce besoin de se récompenser, c’est humain. Je pense que c’est normal, mais parfois, la récompense qu’on se donne peut être vraiment néfaste. C’est surtout d’être conscient de ses comportements. C’est un long travail à faire, ce n’est pas fini, ce n’est que le début j’ai l’impression… mais il faut commencer quelque part. Moi, ça a commencé par arrêter de consommer alcool et drogues.

 

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Est-ce que j’ai changé? / Have I changed? #10yearchallenge #2008 #2018 #babyface #whereismytuque #epoqueramdam

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Quel a été ton déclic, qui t’a fait passer du côté obscur au côté clair? 

J’ai conduit pas mal toute ma vie en état d’ébriété. Je ne suis pas fière de dire ça aujourd’hui, mais ça reste que je l’ai fait et j’ai perdu mon permis de conduire une fois. Dix ans plus tard, je me suis ramassée dans une situation similaire, sauf que j’ai eu un accident aux États-Unis alors que j’étais en blackout… Donc, je ne me rappelle pas ce qui s’est passé. Je ne me suis pas fait prendre par la police, je n’ai tué personne, mais mon auto était complètement brisée… et moi je me suis réveillée en lendemain de veille, ne me rappelant pas ce qui ce qui était arrivé. À partir de ce moment-là, j’ai réalisé qu’à 30 ans, je mettais trop ma vie et celle des autres en danger! Je n’étais plus capable de vivre comme ça, dans le fond. En gros, c’est ça qui est arrivé. Je l’explique dans le livre aussi, d’une façon peut-être plus littéraire, plus artistique, mais c’est vraiment l’alcool au volant qui a été le déclencheur… l’alcool au volant et mes difficultés dans les relations interpersonnelles. Je sentais que je stagnais beaucoup! Oui, j’accomplissais des choses, mais celles que je voulais le plus entreprendre, on dirait que ça ne voyait jamais vraiment le jour. Toutes mes grandes idées, mes beaux projets, mes rêves, ils restaient toujours un petit peu latents. J’en suis venue à la conclusion que j’avais beaucoup plus de potentiel que ça! J’ai aussi fini par réaliser que le blocage à mon bonheur, c’était l’alcool. Quand j’ai arrêté de boire et que j’ai vu toutes les belles choses qui commençaient à se passer, à quel point je me sentais bien de ne plus avoir de remords, de culpabilité, de honte… je suis devenue addict à ça! Je suis devenue accro à la sobriété et au bien-être!

Tu as composé avec des troubles de dépendance pendant près de 20 ans. Aujourd’hui, tu as 33 ans… Tu as donc beaucoup de temps à reprendre!

On dit souvent que lorsqu’on commence à consommer, on arrête de grandir émotionnellement… et probablement spirituellement. C’est ce qui m’est arrivé! Je regarde maintenant ma vie lorsque j’avais 30 ans et ce n’est pas normal parce que j’avais des comportements d’une fille de 11 ans: puisque je me gelais depuis tout ce temps-là, à chaque fois qu’il y avait un problème ou une situation, je consommais pour complètement perdre la carte pour y faire face. Rendue à 30 ans, ça a fait en sorte que je ne savais plus comment agir comme une femme de mon âge, comment interagir avec les autres et mes amis, mais surtout dans l’intimité, dans mes relations avec les gars…! J’en ai fui, des relations, à cause de ça, parce que je n’étais pas capable d’affronter la plus minime des situations. Quand tu fuis, il n’y a pas d’évolution! J’ai l’impression que j’étais vraiment une petite fille, jusqu’à tard, émotionnellement.

 

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On dirait que ton rattrapage s’est fait en mode vitesse! Tu es devenue maman tout récemment, il y a deux mois! 

Ça s’inscrit dans la personnalité que tu développes au fil des ans quand tu es addict! Pour moi, c’est vraiment un type de personnalité, quand tu es vraiment excessive, compulsive, tu veux avoir tout, tout de suite… naturellement, tu veux aussi être heureuse maintenant, tout de suite! Depuis que je suis toute petite, je rêve d’être en amour et d’avoir une belle famille… J’ai aussi retrouvé mon amoureux: dans le fond, le gars dont je parle dans le livre, mon prince du bar, c’est lui, que j’ai retrouvé 12 ans plus tard! On se connaissait dans le temps que je consommais et il n’était jamais vraiment arrivé quelque chose entre nous. On était amis, on se côtoyait au bar. Mais je tripais solidement dessus en secret et finalement, je l’ai retrouvé et on s’est aimés! Et on a fait un bébé. Rapidement (rires)!

Comment se passe ta nouvelle vie de maman?

Ça va bien! C’est sûr que c’est très intense avec l’allaitement… Je ne mentirai pas. C’est intense, c’est vraiment merveilleux, mais c’est aussi extrêmement confrontant, parce qu’il y a le sentiment d’être inadéquate, le sentiment d’insécurité, le sentiment d’être responsable d’un petit être humain, et d’avoir moi-même de la difficulté, par moment, à me gérer. C’est-à-dire que j’ai beaucoup de choses qui se passent aussi dans ma vie en ce moment! Je me retrouve dans une espèce de période charnière à plein de niveaux: carrière, amour, famille. Donc, c’est beaucoup, je ne te le cacherai pas, mais je suis bien entourée et j’ai un chum extraordinaire aussi qui fait en sorte qu’on réussit à naviguer là-dedans d’une belle façon!

J’ai écrit le livre pendant ma grossesse! La veille de l’accouchement, tout était fini! C’était tout prévu pour que ça se passe comme ça. Ce n’était donc pas une surprise pour moi. Mais ça s’est super bien déroulé. J’ai été super en forme durant ma grossesse, je n’ai pas pris de poids. Ça a été vraiment une belle grossesse. C’est simplement que la santé mentale était peut-être un peu plus fragile à cause des hormones et des peurs.

 

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Tu as aussi créé SoberLab. Est-ce que tu peux m’expliquer un peu ce que tu fais là-dedans et sa mission? 

J’ai fondé la plateforme numérique SoberLab, qui fait la promotion de la sobriété. J’ai fondé ça en 2017 et l’idée en fait… je te dirais qu’il y a deux volets. Je suis en train de mettre sur place la Fondation SoberLab, qui souhaite encourager les gens qui se rétablissent d’une dépendance à retourner vers la créativité pour rester sobre. Ce qu’on va mettre en place, c’est un laboratoire de sobriété en ligne pour que les gens puissent présenter leur projet et ensuite l’utiliser en thérapie. D’un autre côté, la plateforme sert à inspirer la sobriété. C’est un blogue… Il va bientôt y avoir un journal de bord gratuit que les gens vont pouvoir aller remplir pour écrire leur propre carnet de fuite, si on peut dire: écrire comment ils se sentent dans une journée, comment leur journée a été, s’ils ont eu envie de compulser dans quelque chose, s’ils ont consommé, comment était leur sobriété sur une échelle de 1 à 10, s’ils étaient de bonne humeur, etc. C’est comme un journal de bord et ils vont pouvoir aussi partager des réflexions sur les réseaux sociaux pour encore faire aller leur créativité. Et il y a aussi plein d’autres projets en développement dont je ne peux pas encore parler! Avec ça, avec le véhicule SoberLab, je me promène un peu partout pour donner des conférences dans les écoles et c’est sûr que mon public de prédilection, ce sont les jeunes, à cause de Ramdam. J’ai donc bien du fun à me promener dans les écoles, à aller voir les élèves de secondaire 4-5, faire ma petite conférence sur les dépendances, les fuites et la créativité!

Carnets de fuite d’Éliane Gagnon, qui paraît chez Libre Expression, est disponible dès maintenant en ligne (24,95$) et en librairie.

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