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Troubles alimentaires : deux chefs montréalais réunis pour ANEB

C’est au Portus 360 qu’a eu lieu, il y a quelques jours, la soirée-bénéfice pour ANEB (anorexie et boulimie Québec).

Une vue imprenable sur Montréal, du monde, un état d’esprit joyeux et des mets délicieux… Tout était réuni pour partager un moment qui se voulait rempli d’espoir, un espoir bien nécessaire puisque:

  • 300 000 Québécois sont susceptibles de développer un trouble alimentaire;
  • plus de 65 000 Québécoises âgées entre 12 et 30 ans souffrent d’anorexie ou de boulimie;
  • 40 % des personnes souffrant d’hyperphagie sont des hommes;
  • les troubles de l’alimentation constituent la troisième maladie chronique la plus fréquente chez les adolescentes.

« Célébrons le plaisir de manger » était le thème de l’événement qui avait comme objectif d’amasser des fonds pour permettre à l’organisme de pérenniser ses activités.

Les chefs de renom, Helena Loureiro (propriétaire du lieu) et Jérôme Ferrer, tous deux sensibilisés par la cause, ont régalé leurs convives!

Anaïs Guertin-Lacroix, radieuse et très enceinte (!) et Jordan Dupuis ont assuré avec bonne humeur l’animation de la soirée. Rappelons que les deux intervenants et précieux ambassadeurs d’ANEB, ont eux-mêmes été aux prises avec des troubles alimentaires. Forts de leur expérience, ils ont passé des messages d’encouragement et souligné le fait qu’il est possible de retrouver une relation harmonieuse avec la nourriture.

En tant que proche d’une personne victime de la maladie, le comédien Félix-Antoine Tremblay a également livré un témoignage touchant.

Une soirée réussie pour aider la cause et une belle occasion d’en parler!

J’ai eu la chance d’échanger quelques mots avec les deux chefs au sujet de la gastronomie puis avec Mélanie Guénette-Robert, la responsable du volet éducation et prévention d’ANEB.

Épingler

Rencontre avec Helena Loureiro

(chef et propriétaire du Restaurant Helena — 438, rue McGill et du Portus 360 — 777, boulevard Robert-Bourassa à Montréal) :

Helena, qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans la cause d’ANEB?

– En tant que femme, déjà, la cause me touche. Ensuite, la gastronomie étant ma passion et ce que je considère le plus important dans la vie, il était naturel pour moi de collaborer. Souvent, les gens touchés par les troubles alimentaires n’ont plus le plaisir de manger. Essayer, au travers d’une soirée comme celle-là, à ma façon, de leur montrer que de savourer de la bonne nourriture peut redevenir un acte agréable était important pour moi.

Vous êtes née et avez grandi au Portugal. Bien manger fait partie de votre culture. Quels produits aimez-vous utiliser dans vos restaurants?

– J’essaie toujours de rester le plus «santé» possible. Je travaille beaucoup avec le gros sel, l’huile d’olive, j’utilise des produits locaux et frais — toujours! – beaucoup de légumes, du poisson. Dans les recettes portugaises, il y a énormément de poisson grillé (Helena en fait venir deux fois par semaine du Portugal). Manger sainement et avec joie fait partie de ma culture alors j’essaie de transmettre ça aux autres.

Que pensez-vous de la gastronomie montréalaise?

– Je pense qu’on est très chanceux ici (sourire). Pour moi, c’est la ville au monde où il y a le plus de diversité au niveau de la cuisine. Les gens viennent de partout et chacun emmène avec lui son savoir-faire, ses coutumes et aussi ses ingrédients… À Montréal, on fait vraiment un voyage à travers le monde au niveau de la gastronomie!

Rencontre avec Jérôme Ferrer,

Chef à la renommée internationale, Grand Chef Relais&Châteaux (propriétaire et chef de l’Europea, 1227, rue de La Montagne et de la Boîte du Chef:

Jérôme Ferrer, pouvez-vous me dire ce qui vous touche dans la cause d’ANEB?

– Toutes les bonnes causes me tiennent à cœur, surtout celles qui concernent les troubles alimentaires, ayant moi-même été aux prises avec ce genre de problèmes et ayant dédié ma vie aux arts culinaires, je ne pouvais rester indifférent à ANEB.

Vos troubles ont commencé à la suite du décès de votre conjointe, il y a quelques années. Comment ça s’est passé?

– On dit souvent qu’on mange nos émotions. Là, c’était exactement ça. Je mangeais ma détresse. J’allais chercher refuge dans un bien-être alimentaire, parce que c’était à portée de main. J’ai pris tellement de poids que j’ai mis ma vie en danger et qu’il a fallu que je me prenne en main sérieusement [sourire].

Qu’est-ce que vous avez fait?

– Je me suis fait suivre. À coup d’énormément d’efforts et de sport aussi, ayant également subi une chirurgie bariatrique j’ai réussi à m’en sortir. J’ai perdu la moitié de mon poids! Ce n’était pas facile, mais je m’en suis sorti.

Jérôme, qu’est-ce qui vous rend le plus heureux dans votre métier?

– Pour jouer avec les mots, je dirais: la boulimie d’apprendre! Même si je suis un cuisinier hautement qualifié, j’ai l’impression, au quotidien, d’être un apprenti cuisinier. Chaque jour, de nouveaux produits, de nouvelles technologies arrivent sur le marché… Je trouve toujours extraordinaire de me lever le matin en me disant que je vais encore apprendre plein de choses [sourire].

Que pensez-vous de Montréal, au niveau de la gastronomie?

– Comme Montréal est multiculturelle, chaque population est arrivée ici avec sa valise d’épices, de culture gastronomique et d’émotions, et grâce à tout ça, on peut voyager à travers la ville. Je trouve ça fantastique!

Montréal, pour moi, c’est le Disneyland d’une plateforme alimentaire. C’est l’une des villes au Canada où il y a le plus de restaurants par habitant, la preuve aussi que les gens aiment manger ici [sourire].

Mélanie Guénette-Robert, vous êtes responsable du volet éducation et prévention d’ANEB [Anorexie Boulimie Québec]. Vous êtes d’accord pour dire qu’il est nécessaire de mettre en lumière les troubles alimentaires?

– Absolument. Il est important de souligner que, malgré le fait que les troubles alimentaires ont le plus haut taux de mortalité de tous les troubles de santé mentale, ils restent, pour beaucoup, un sujet tabou et mal connu.

Pour quelle raison?

– On a tendance à minimiser, par ignorance. Oh! Il/elle n’a qu’à arrêter de manger [ou n’a qu’à manger, selon les cas]. C’est aussi pour cette raison que les personnes touchées n’osent pas en parler, elles ont peur d’être jugées par leurs proches.

Alors que, s’ils sont mis au courant, les proches peuvent devenir des alliés et apporter une aide précieuse pour la guérison [sourire]!

Notons aussi qu’une fois enclenché, il est difficile de stopper un trouble alimentaire. Il est donc important de porter attention aux signes avant-coureurs.

Que ressent intérieurement une personne aux prises avec un trouble alimentaire?

– De la souffrance. Elle est en détresse psychologique et vit une grande solitude. Comme la nourriture est partout, chaque repas devient un combat intérieur. La personne ressent aussi beaucoup de honte et de culpabilité. Mais on ne choisit pas d’avoir un trouble alimentaire! C’est un trouble de santé mentale [qui concerne bien plus l’estime de soi que la nourriture].

Et il faut déjà l’accepter pour pouvoir se faire soigner.

Justement, depuis quand l’organisme ANEB existe-t-il, et dans quelles mesures peut-il aider ces personnes-là?

– ANEB existe depuis 31 ans maintenant. Il faut savoir qu’au tout début, il n’y avait pas d’organisme en lien avec les troubles alimentaires au Québec.

Chez ANEB, nous apportons un soutien spécialisé aux personnes aux prises avec un trouble alimentaire en offrant notamment des groupes de soutien et une ligne d’écoute où elles peuvent appeler si elles ont des questions ou en cas de détresse. Les proches peuvent appeler aussi [sourire]. Au besoin, nous référerons la personne à des services appropriés dans sa région. Nous pouvons notamment lui offrir une liste des cliniques spécialisées en troubles alimentaires, psychologues, nutritionnistes ou autres professionnels pouvant lui venir en aide.

D’autant que les troubles alimentaires font beaucoup de dégâts…

– Oui, les conséquences sur la santé physique et mentale sont graves. En plus de perturber le quotidien, le malade peut avoir des carences dues à la dénutrition, des problèmes cardiaques, développer de l’ostéoporose.

Sait-on d’où viennent les troubles liés à l’alimentation?

– Il pourrait y avoir une anomalie au niveau de certains neurotransmetteurs. Mais ce qu’on sait aujourd’hui, c’est qu’il existe une prédisposition génétique à développer un trouble alimentaire, qui, associée à certains facteurs dans l’environnement ferait que la maladie peut se déclencher. Un traumatisme, un deuil, le fait d’évoluer dans un milieu où l’on accorde de l’importance au poids ou à l’apparence [mode, sport], le fait de commencer un régime, par exemple… Ces événements-là peuvent jouer un rôle déclencheur de la maladie.

Existe-t-il un profil type?

– Tout le monde peut être touché, même si l’anorexie et la boulimie, par exemple, concernent beaucoup plus de femmes. Sinon, chacun a son histoire personnelle et il est difficile d’établir un profil type.

On peut néanmoins retrouver chez les personnes sujettes aux troubles alimentaires, des troubles anxieux, une faible estime de soi… Ce sont souvent des personnes qui sont dans la performance [un sport de haut niveau], le contrôle, la perfection, et qui sont extrêmement sévères ou exigeantes envers elles-mêmes. Il peut également exister d’autres troubles de santé mentale dans la famille…

Quelle est la tranche d’âge le plus à risque?

– Ça peut arriver n’importe quand, mais la période la plus délicate reste celle de l’adolescence et de la vie de jeune adulte. C’est à ce moment-là qu’on cherche notre identité, qu’on acquiert plus d’autonomie, il y a aussi les premières expériences de travail… Tout ça fait que cette période est la plus vulnérable pour qui a un terrain propice à développer un trouble alimentaire.

Qu’est-ce qui fait que la personne « maintient » un trouble alimentaire?

– On pourrait comparer ça à la drogue. Son comportement compulsif lui procure sur le coup une source de réconfort, d’apaisement, comble un vide. La personne croit garder le contrôle… En fait non. C’est pour ça qu’il est nécessaire de se faire soigner.

Comment guérit-on d’un trouble alimentaire?

– Prendre conscience que c’est une maladie est déjà un pas en avant. Entamer une psychothérapie, parfois associée à un traitement médicamenteux, retrouver l’estime de soi, apprendre à exprimer ou à gérer ses émotions, voir un nutritionniste qui aidera à se nourrir de façon équilibrée… Tout ça est important aussi dans le processus de guérison. Chaque personne aura sa propre thérapie, selon son histoire. Malgré le fait que la guérison soit parfois longue, on peut s’en sortir! Les pronostics sont bons, surtout chez les adolescents, dont la prise en charge se fait tôt…

Qu’en est-il des séquelles physiques?

– Même s’il peut persister certains problèmes, à force d’avoir malmené son corps pendant des années, la majorité des problèmes physiques se résorbent en même temps que la guérison. On nous pose d’ailleurs souvent la question suivante : peut-on avoir un enfant alors qu’on a connu des difficultés liées à l’alimentation? Absolument! Beaucoup de nos bénévoles, aujourd’hui rétablis, sont d’ailleurs parents [sourire].

Les troubles alimentaires se traitent et il y a vraiment de l’espoir au niveau de la guérison!

Pour en savoir plus sur ANEB ou pour faire un don : anebquebec.com

Ghyslaine Payant, photographe

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