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Sylvain Laforest

L’ex

Mitsou, t’ennuies-tu de chanter? La question me revient souvent là où je ne m’y attends le moins. Encore ce week-end, alors que je venais d’animer un gala, une femme m’a demandé pourquoi j’avais laissé la chanson. J’aurais tellement aimé lui répondre que c’est la chanson qui m’a laissée et non le contraire! Si j’avais eu le temps, je me serais assise et lui aurais expliqué que ce fut la plus grande peine d’amour de ma vie.

J’ai souvent été très chanceuse en amour. J’ai eu plusieurs relations de longue durée, sans grandes anicroches. J’ai vécu une seule et grande peine d’amour: celle avec la musique. Elle ressemble à la déchirure avec cet ancien chum que tu as tellement aimé, mais qui t’a laissée après t’avoir barouettée pas mal. Avec lui c’était la passion. Tu ne voyais que lui, même s’il en aimait d’autres. Aujourd’hui, tu sais que tu ne pourrais jamais le revoir (même d’y penser ton coeur se serre), parce que ta vie a changé et que tu t’es rebâtie, malgré tout, sans lui.

Quand, après 10 années de carrière, mes fans sont «passés à autre chose», j’ai pensé mourir de peine. La musique, c’était ma vie. J’avais commencé à l’âge de 4 ans à composer des chansons et à jouer du violon, puis du piano. À 16 ans, j’ai signé mon premier contrat de disques. À 26 ans, j’avais encore beaucoup à offrir, mais j’ai eu l’impression d’être jetée comme une bouteille vide dans le bac de recyclage.

Alors que j’étais prise dans un vortex m’aspirant vers le bas, je me suis posé des milliers de questions, dont comment j’allais payer mon hypothèque. Je priais Dieu et mon gérant de banque de me pardonner ce bilan négatif en espérant avoir un sursis. J’étais dans une impasse et ne pouvais me résoudre à changer de carrière… Et quelle carrière au juste pourrait-ce être? Travailler dans un resto avec des gens qui se grattent la tête en voyant l’interprète de Bye Bye mon cowboy les servir? Ou peut-être dans un resto chinois? Au moins j’avais la chanson…

Le premier amour professionnel est celui que l’on mythifie. Vous en savez peut-être quelque chose. L’espoir de vivre de sa passion dans son domaine de prédilection, que ce soit l’art, le sport, le droit ou autre, est très puissant. C’est probablement la raison pour laquelle je me suis entêtée, comme un dernier essai avec celui que j’avais tant aimé. J’ai écrit et produit un album éponyme, Mitsou, le meilleur de ma carrière (à mon goût), qui s’est vendu à… 1 000 exemplaires. Après avoir écoulé mon premier album à plus de 140 000, j’ai su ce qu’était un silence radio. Littéralement. Pendant les dix années qui ont suivi, je n’ai pu écouter cet album sans verser de grosses larmes. Il arrivait parfois qu’en joggant, mon iPod shuffle glisse sournoisement sur l’une de ces chansons. Pour me torturer, j’écoutais le disque complet. Je pleurais tout le long de ma course et je revenais démolie.

Tout cela même si entre temps, j’étais en train de me rebâtir autrement. Vous savez comme moi que l’on évolue en rencontrant de nouveaux défis, différents environnements…. Lentement, sans trop y croire, j’ai fondé Dazmo, une petite entreprise de production de musique pour film et télé, avec mon nouvel amour (un vrai gars en chair et en os cette fois-ci!). Quelques mois plus tard, je me suis lancée en affaires avec mes nouveaux partenaires, Iohann Martin et Andrew Lapierre, dans l’industrie des tournages cinématographiques. Plus ‘derrière la caméra’ que ça, tu meurs. Mais ironiquement, ce sont ces actions qui m’ont fait revivre. Devenir entrepreneure a été mon école. Cela m’a permis d’avoir une (relative, surtout au début) sécurité financière, mais de raffiner ma technique de travail, de ne plus avoir peur du travail acharné ou des cold call (quand tu dois faire un appel de vente à quelqu’un que tu ne connais pas au téléphone), mais surtout, de sortir de ma conception de ce que ma vie d’artiste devait être. L’écorce était tombée. J’étais une citoyenne, avec les deux pieds groundés sur le plancher de béton du bureau.

Puis, un bon matin, entre Noël et le jour de l’An, on me demandait d’animer une émission à la radio. J’allais présenter les chansons des autres et j’en étais ravie. 17 ans après, c’est ce que je fais encore tous les jours aujourd’hui en animant Mitsou et Jean-Philippe à Rythme 105,7. Je pourrais même dire que suis mariée à ce travail et que j’en suis de jour en jour encore plus amoureuse.

Ce printemps, à la veille du 30e anniversaire de Bye Bye mon cowboy, on m’a demandé de chanter. L’ex revenait dans le portrait. Je savais que cela ne serait que pour un soir, mais pourtant, au moment de passer à l’acte, mon coeur battait la chamade alors que j’avançais vers lui. Les premières secondes, une rage m’envahit. J’accomplissais les gestes, mais ma tête spinnait dans le vide et j’étais à deux pieds de mon corps. J’ai pris toute mon expérience, mon assurance et me suis agrippée solide à mon micro. Je lui ai montré que j’étais bien plus forte depuis son départ. J’ai compris que l’ex n’avait plus d’emprise sur moi. Étrangement, ce soir là aussi, j’ai réalisé que tous les deux, on avait changé. On s’est souri et on a fait la paix.

Aujourd’hui, je sais qu’il est possible d’aimer follement deux, même trois, carrières. Je sais aussi qu’il faut accueillir les transitions, et ainsi développer sa capacité d’adaptation. Parce qu’un jour, on réalise que l’immensité des possibilités est encore plus enivrante que le premier amour, ou le premier refrain.

 

En ce week-end du Gala de l’ADISQ, j’aimerais saluer les artistes qui continuent à créer et qui vivifient l’industrie de leur apport. Spécialement celui ou celle qui remportera le prix de la révélation de l’année. Ces nouveaux artistes sont des forces vives, crues, qui parfois dérangent. C’est ce qu’il faut quand on est une jeune pousse. Parlant de jeune pousse, la photo de moi ci-haut a été prise il y a exactement 30 ans, alors que je venais de fouler cette même scène pour la première fois. Un peu comme le premier baiser, je ne l’ai jamais oublié.

Photo: Sylvain Laforest

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