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CTV Montreal

La jupe (dés)enchantée

Fières vous dites? Oh oui! Mes filles sont arrivées à la maison vendredi si fières d’avoir manifesté à l’école! En un an, c’était leur troisième grande cause. Elles ont d’abord marché pour la planète avec Greta, puis ce printemps contre le racisme en soutien au mouvement #BlackLivesMatter et vendredi à l’école, pour la libération des genres. Elles avaient des slogans écrits sur les cuisses au sujet de l’hypersexualisation des filles (ma jupe n’est pas une distraction; ne protégez pas vos filles, éduquez vos garçons; les vêtements n’ont pas de sexe). Elles avaient prêté leurs jupes à leurs amis de gars pour qu’ils puissent revendiquer le droit d’en porter aussi. En plus de demander plus de flexibilité vestimentaire à la direction des écoles en s’exibant en jupe, les gars affichaient également leur appui dans la démarche féministe.

Comme maman, j’étais fière que ces jeunes soient encore une fois aussi impliqués socialement et que malgré tout ce que l’on a pu penser de cette génération choyée, l’enfant roi est aujourd’hui devenu l’enfant droit. Du moins, il est plus politisé que ce que l’on s’imaginait! Passons en revue leur revendication automnale : il faut se dépêcher avant que l’ardeur des gars refroidisse avec le vent du Nord. Ils risquent de s’apercevoir bien vite que les collants de laine sous la jupette, c’est pas mal gossant!

Bien que cette cause puisse avoir l’air en surface moins sérieuse que les deux précédentes, ces jeunes portent des messages importants: ils/elles/ellui sont contre la masculinité toxique, les agressions sexuelles et l’hypersexualisation des filles à travers le regard de l’autre. Les garçons revendiquent le droit de porter des vêtements ou des accessoires dits féminins. C’est d’ailleurs l’une des première fois que des jeunes hommes appuient autant la cause féministe.

Certains se demanderont comment cette génération de filles prenant des poses aussi suggestives sur les réseaux sociaux peut-elle imaginer demander aux hommes de freiner leur désir dans la vraie vie? Ce qu’elles revendiquent est la liberté d’exprimer leur sexualité sans être dénigrées. Elles veulent pouvoir remonter la hauteur de leur jupe sans être accusées de déranger les garçons ou pire, leurs professeurs. Elles affirment par expérience que les jeunes gars peuvent très bien étudier avec elles à leur côté. Que c’est plutôt le regard des hommes plus vieux qui détonne. Cette fois-ci, elles ne feront pas de compromis. Le genre masculin devra s’éduquer et les directions d’école devront ajuster leur politique, car elles n’entreront pas dans les rangs. Mind your own business et regardes ailleurs. Surtout si tu es un homme adulte ok? En 2020, le women’s lib prend une autre allure.

Il n’y a pas que dans les cours des écoles où le message prend son sens. Dans les cours de justice, on n’a cessé de marteler que l’on ne pouvait demander aux femmes venant de subir un viol ce qu’elles portaient lors de l’agression. Il va falloir mettre nos culottes pour faire appliquer ce droit dans toutes les sphères de la société.

Mais moi, en tant que mère, je réagis comment à tout ça? Je trouve mignon que mes filles trouvent plus cute les gars en jupe. Mais je me demande encore comment agir pour les protéger.

-Alors, si je saisis bien, je ne devrais pas vous dire de baisser votre jupe le matin quand vous l’avez roulée à la taille?

-Maman, je comprends, mais je pense que tu réagis dans la peur parce que tu t’es conformée aux valeurs de la société actuelle.

-Ah ben là ma p’tite fille (les mains sur le volant, mais dans ma tête elles étaient sur mes hanches) tu sauras que ta génération n’est pas mieux que la mienne. Quand vous serez grandes et que vous aurez une carrière et des responsabilités financières, vous devrez AUSSI adhérer à ce monde. Quand j’avais ton âge (here we go!) et que j’étais chanteuse, je me battais contre la même chose. Je revendiquais le droit de porter ma jupe aussi haut que je le voulais sans me faire traiter d’agace et de dumb blonde. Ce n’est pourtant pas mon coefficient intellectuel qui était bas, mais plutôt celui des hommes qui baissait en me voyant! Pis sais-tu quoi? Quand j’ai eu un « vrai chum” et une “vraie job” en me lançant en affaires avec des employés à ma charge et que j’animais à la radio avec des gars entre les quatre murs d’un studio bien étroit, j’ai dû troquer mon très cher décolleté contre une chemise boutonnée pour que mes collègues me prennent au sérieux et qu’il n’y ait jamais d’ambiguïté ni de de séduction entre nous.

J’ai pas fini. Pis tu penses que les filles de TA génération ne changeront jamais pour se conformer à la société? Prends l’exemple des jeunes femmes hippies des années 70. Elles manifestaient sans soutien-gorge et les brûlaient même sur la place publique. Ces filles-là sont aujourd’hui vos grands-mères. Mettons qu’elles ont changé depuis, à part une couple d’irréductibles. Elles sont autant féministes qu’avant, mais se sont probablement lassées de porter le poids du désir des hommes sur leurs épaules.

Ta mère en shorts

Je ne fais pas exception à la règle. Quand tu deviens maman, une partie de ta féminité et de ta sexualité se transforme en plaçant les besoins physiques et émotifs de l’enfant devant les tiens. Le jour 1 où tu reçois un jet de vomi de bébé sur l’épaule, tes kits frivoles de princesse des clubs de nuit se volatilisent soudainement et se transforment en linge mou de soccer mom. La preuve? Sur Instagram au complet, le hashtag #sexymaman n’est mentionné que 499 fois. Quand on se réfère aux génitrices, c’est plutôt l’insulte ta mère en shorts que les kids se lancent en rigolant.

Mais revenons à la quête actuelle. Toujours dans la voiture, je demande à ma fille si ce qui est bon pour elle est aussi bon pour moi. Peut-être que je pourrais reporter des minijupes et déboutonner ma chemise de quelques boutons sans gêner ma progéniture en fleur? C’est vrai que dernièrement, en pleine séance photo, nous nous sommes enflammés mon équipe et moi alors que je ne portais qu’un body noir. Après quelques clics, je fus prise d’un sentiment de culpabilité et j’ai demandé de me couvrir d’un perfecto de cuir, question de ne pas embarrasser mes filles sur Instagram.

-Mais je ne t’ai jamais demandé ça, maman. Si tu te sentais bien dans ta lingerie, tu aurais dû rester comme ça parce que c’est ton droit en tant que femme libre.

-Ah oui? Vraiment? C’est pas toi qui m’a demandé il y a quelques années pourquoooooiiiiiii je m’étais mis nuuuuuuue derrière une chaaaaaaaaiiiiiise dans une vidéo parce que c’était vraiment malaisant?

-Je suis en train d’apprendre, tout comme toi.

J’aime ta grand-mère

Je dis: grands-mères, mettez votre masque, enlevez votre soutien-gorge et revenez manifester dans les rues pour nos ados de tous genres en jupette. Soccer moms rangées, mettons nos kits de Sexy Spice et accompagnons nos enfants à l’autobus en faisant des fingers aux bonhommes cochons. Les pères, éduquez vos gars et vivez selon ce que vous prêchez. Même que si jamais vous avez envie de mettre du vernis sur vos ongles, ne vous gênez pas et faites donc jaser votre bureau de comptable! C’est ensemble qu’on va gagner. Ayons enfin du fun sur cette planète, tous genres confondus.

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